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lauréat du 62e prix
de la presse écrite
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Anne Nivat
Née en 1969. Docteur
en Sciences politiques, diplômée de l'IEP de Paris, licence de Langues
étrangères appliquées, Hypokhâgne.
Depuis 1998, Anne Nivat est correspondante à Moscou, de Ouest France, Le Soir,
Radio Monte Carlo, US News & World report. Envoyée spéciale de
Libération en Tchétchénie. Installée depuis octobre 1998
à Moscou, Anne Nivat a été arrêtée par les Russes
en février 2000, interrogée puis chassée de la zone des combats.
Elle a obtenu le Prix pour ses articles sur la Tchétchénie, publiés
notamment dans Libération et pour son livre Chienne de guerre (Fayard).
Elle a été élue au 3e tour par 11 voix sur 21. Ont également
obtenu des voix : Vincent Hugeux (L'Express), Laure Mandeville (Le Figaro), Marc
Epstein (L'Express) et Frédéric Bobin (Le Monde). |
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2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999 |
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lauréats du 16e prix
audiovisuel
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Revoherizo Andriakoto
pour son reportage Les Damnés de la terre
Images Peter Chappell et Djamel Sellani
Produit par Les Films du Cyclope - 52' - 1999 - diffusé sur C9 télévision
(Lille).
Au large des côtes de Madagascar, le bagne de Nosy-Lava, construit en 1911,
fonctionne selon un système carcéral révolu, hérité
du colonialisme français et reproduit à l'identique par l'Etat malgache.
C'est là que survivent, totalement oubliés et sans avenir, les derniers
bagnards, condamnés pour certains par l'administration française en
1960.
Revoherizo Andriakoto, journaliste indépendant malgache, réalise des
investigations sociales, économiques et politiques sur Madagascar. Il est
également photographe et travaille pour la presse écrite malgache.
Revoherizo Andriakoto a été élu au 3e tour par 10 voix sur 18.
Ont également obtenu des voix : Benoît Gadrey et Philippe Eveque, Olivier
Pighetti, Paul Moreira et Michel Despratx, Emmanuel Amara et Emmanuel François. |
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Interview d'Anne Nivat
"Le désir
et le plaisir d'être un intermédiaire"
Le 62ème Prix Albert Londres de la presse écrite a été
attribué à Anne Nivat, 31 ans, journaliste "free-lance",
aujourd'hui correspondante permanente à Moscou pour le quotidien français
"Libération". Le président du Jury du Prix Albert Londres,
Henri Amouroux, a qualifié ses reportages, écrits entre septembre 1999
et février 2000 sur la guerre en Tchétchénie, "d'une grande
densité et intensité d'écriture".
Vous venez d'être récompensée par le Prix Albert Londres,
que ressentez-vous ?
Bien évidemment un honneur énorme même s'il est vrai qu'en
couvrant la guerre en Tchétchénie, je ne m'attendais ni à recevoir
un prix, ni à écrire un livre (*) ! En tant que journaliste "free-lance"
à Moscou, j'ai simplement ressenti le devoir d'aller sur le terrain et puis
j'y suis restée...
Peu avant votre prise de parole, Henri Amouroux a relevé l'accélération
de la communication avec ses risques d'erreur, accentués par la concurrence
entre les différents médias, évoquant aussi l'affaire du charnier
de Timissoara. Il a précisé les six semaines de voyage pendant lesquelles
Albert Londres pouvait prendre connaissance, écrire et méditer sur
son sujet, un laps de temps qui fait souvent défaut aux journalistes d'aujourd'hui
?
Tout à fait mais il faut que nous, les journalistes, même si ce
n'est pas toujours possible, prenions cependant du temps pour rester sur le lieu
du reportage et ce, malgré la concurrence. Mais lorsque j'étais en
Tchétchénie et pour des tas de raisons, je n'ai même pas pensé
à elle. J'avais bien d'autres choses à régler notamment trouver
le moyen d'envoyer mon article en France. On peut être le meilleur journaliste
du monde, si son papier ne parvient pas à une rédaction, l'article
n'existe tout simplement pas. Hors dans ce pays, où j'ai travaillé
pendant six mois, il n'y a plus rien : ni eau, ni électricité, ni école,
ni travail mais seulement des bombes qui tombent, des gens qui essaient de survivre
et des journalistes qui tentent de les comprendre. C'est ce que j'ai essayé
de faire...
Comment avez-vous débuté dans ce métier ?
J'ai toujours voulu être correspondante à l'étranger mais
sans avoir suivi d'école de journalisme ; j'avais simplement étudié
le russe en seconde langue. L'accès à la profession en France étant
difficile, j'ai pensé qu'il était préférable d'aller
à l'étranger. Ensuite, je me suis faite connaître auprès
de différentes publications et pour l'instant, je n'ai pas envie de quitter
la Russie même si les autorités ne sont pas très contentes de
mes articles.
Quels facteurs vous ont aidé sur ce terrain de guerre ?
Tout d'abord, je suis une femme et, dans le Caucase, elles comptent un peu pour
du beurre mais aussi, il m'a semblé qu'il fallait être la plus discrète
et la plus invisible possible. Rien ne laissait paraître ma fonction de journaliste
: pas de micro, d'appareil photo, de caméra de télévision, d'ordinateur,...
simplement quelques feuilles de papier cachées dans mes bottes, des crayons
dans mes poches et un téléphone satellite pour envoyer mes papiers.
C'était d'ailleurs un peu embarrassant et je l'avais plaqué sur mon
ventre à l'aide d'une grosse écharpe.
Quelle a été votre principale motivation pour couvrir ce conflit
?
Mon grand amour pour le reportage mais aussi pour la Russie même si ses
habitants sont actuellement impliqués dans un conflit douloureux et saignant.
Vous savez, personne ne comprend véritablement la Russie et l'Occident en
a peur. Mon but est de raconter concrètement qui sont les Russes, comment
ils vivent ou survivent à cette fin du régime communiste. D'ailleurs,
je n'ai pas envie d'écrire uniquement des reportages négatifs. Aujourd'hui
correspondante permanente à Moscou, je vais peut être pouvoir couvrir
certains aspects de leur vie quotidienne par des sujets plus difficiles à
vendre en "free-lance" comme par exemple, la réussite d'un entrepreneur
au fin fond de la Sibérie, même si ce n'est pas dans l'air du temps...
Qu'est-ce qui vous motive en tant que correspondante à l'étranger
?
Le désir et le plaisir d'être un intermédiaire, ni plus ni
moins, entre mes lecteurs, que je ne connais pas mais qui font l'effort d'acheter
le journal et mes interlocuteurs qui ont tous, à mes yeux, la même importance
que ce soit quelqu'un de haut placé au Kremlin ou un homme de la rue.
Annick Cojean, membre du jury, vient très justement de souligner que "Le
prix Albert Londres est aussi un piège car il n'est pas uniquement une
consécration mais aussi une exigence porteuse de sens et de devoir pour le
reste de la vie professionnelle", que vous incite ce prix ?
A continuer car j'ai encore envie d'écrire beaucoup, beaucoup, beaucoup
d'articles et pas forcément sur la guerre parce que... c'est trop dur !
Propos recueillis par Véronique Hamel
(lors du discours de remise
du Prix Albert Londres le 17 juillet à Courchevel - Tour de France 2000)
(*) Chienne de guerre (Editions Fayard) |
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