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Président du prix Albert Londres
de 1984 à 2006, aujourd'hui président d'honneur, Henri Amouroux a succédé à Joseph Kessel et James
de Coquet. Membre de l'Institut (Académie des Sciences morales
et politiques), historien de la période 1940-45, il a réalisé
de nombreux reportages à travers le monde, des émissions pour France
Inter et TF1, a dirigé Sud-Ouest, France Soir et Rhône Alpes et collabore
régulièrement au Figaro Magazine. Rencontre avec un journaliste qui
perpétue la mémoire d'Albert Londres.
Vous êtes membre du jury du prix Albert Londres depuis presque 30 ans,
comment désigne-t-on un lauréat de presse écrite ou audiovisuelle
?
En presse écrite, nous recevons une vingtaine de textes de 20 ou 25 pages
minimum; Pour l'audiovisuel - qui est véritablement monté en puissance
et dépasse aujourd'hui, en nombre de candidats, l'écrit - nous recevons
40 cassettes en moyenne. Au moment du vote, tous les membres se déterminent.
Lors de la dernière remise de prix à Courchevel par exemple, il y a
eu 3 tours et comme la situation était un peu bloquée, j'ai changé
mon vote au dernier moment pour l'audiovisuel...
Le jury ne s'est-il jamais trompé sur la sélection d'un lauréat
depuis la création du prix en 1933 ?
Lorsque je lis certains articles de journaux, au bout de 5 ou 6 lignes et si
le papier est bon, je vais directement à la signature et je me dis : "Cela
ne m'étonne pas". Il m'arrive souvent de retrouver d'anciens talents,
il y a la touche...
Si vous vous penchez sur notre palmarès, vous pouvez vous apercevoir que la
plupart des confrères ont réussi une belle carrière de journaliste,
reconnue dans le métier, tant en presse écrite qu'audiovisuelle.
Sur quels critères repose l'attribution de ce prix ?
Sur des critères d'indépendance, de passion, de liberté
et de talent du journaliste. Vous savez, les reportages sont effectués dans
l'année en cours et les mêmes sujets reviennent donc très souvent.
Nous nous arrêtons sur l'originalité développée dans le
traitement du sujet mais aussi sur la faculté du -ou de la- journaliste à
écrire en ayant "quelque chose dans le ventre" et non pas scolairement.
Sur un même sujet de reportage, le style, les questions soulevées sont
souvent identiques. Alors vous vous interrogez : "Mais qu'aurait écrit
Albert Londres ?". La réponse est évidente : "Certainement
quelque chose d'extraordinaire!"
Quelle était la force de ses reportages ?
Les dialogues et les descriptions. Si vous lisez son ouvrage "Au bagne"
par exemple, vous y êtes ! Même si Albert Londres n'écrivait pas
tous ses articles avec une égale qualité d'écriture... De même,
si vous lisez "Le journal des Goncourt", c'est du très grand journalisme
de vision. Le reporter doit avoir "l'oeil" pour décrire et dépeindre
ce qu'il voit et ceux qu'il rencontre.
Cette vision est souvent absente des articles de presse d'aujourd'hui ?
Souvent, les journalistes ne savent plus regarder. Ils connaissent l'au-delà
politique et financier mais ne rapportent plus les expressions, les propos des hommes,
des femmes et des enfants rencontrés sur le terrain. Tout le descriptif est
évacué du texte et tout a encore été simplifié
par l'arrivée des images de télévision. Des reportages écrits
aujourd'hui, le dialogue est pratiquement éliminé...
Ces hommes et ces femmes rencontrés sur le terrain donnent toute la saveur
au reportage ?
L'habitant est le plus à même de donner des renseignements sur son
pays, son quotidien, sur les prix, leurs équivalences, etc. Ce n'est tout
de même pas le ministère de l'économie qui va me renseigner sur
le pouvoir d'achat d'un Polonais ! Je crois qu'il faut aussi se lier d'amitié
sur place et revenir, pour constater l'évolution ou la dégradation
d'une situation. C'est une erreur d'additionner les autocollants de différents
hôtels de passage sur sa valise alors que l'essentiel est bien de revenir sur
le lieu du reportage.
Quel est le problème majeur du journalisme d'aujourd'hui ?
La rapidité obligatoire car trop souvent, le journaliste est envoyé
puis ramené avec un élastique. Albert Londres, lui, voyageait un mois
à l'aller et un au retour ; un laps de temps qui lui permettait de préparer
et méditer son sujet.
Qui était véritablement Albert Londres ?
Pour moi, le plus grand journaliste de son époque, un grand maître,
un modèle, un homme qui savait voir, entendre, rapporter des conversations
et faire vivre les acteurs de ses reportages, bagnards, champions cyclistes, ministres,
etc.
Quel journaliste, selon vous, pourrait aujourd'hui l'égaler ?
Je ne veux pas donner de nom, mais il y a en France d'excellents journalistes
même s'il ne s'agit pas de "faire" systématiquement de "l'Albert
Londres" car les temps ont changé et le style de Londres est parfois
(rarement) daté. Ce qu'il faut retenir de lui, c'est la passion qui le poussait
à aller vers les autres. Son sujet est toujours le même : les hommes
et c'est à travers les hommes qu'il explique les situations. |
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