Mot de Nino Kirtadzé, présidente du jury



Ce fut un honneur et un privilège de présider le jury des Étoiles, destiné à distinguer trente œuvres parmi les soixante films présélectionnés par les membres de la commission du répertoire audiovisuel de la Scam. Le visionnage de ces films de genre et de nature si variés a été un voyage extraordinaire dans le présent de la production audiovisuelle, une sorte de radiographie de sa pensée, qui démontre aussi bien sa force que son malaise et permet d’entrevoir aussi son avenir.

Je tiens à remercier Anne Georget, (ancienne) présidente de la Scam, pour l’honneur qui m’a été fait, ainsi que mes co-jurés - Lucie Cariès, Serge Steyer, Jean-Christophe Klotz et Xavier Villetard pour cette expérience intense et passionnée que nous avions partagée lors de nos conversations autour de ces soixante films. Également pour le plaisir à discuter, à réfléchir, à ne pas être d’accord et à se laisser convaincre.

Nous avons été des spectateurs enthousiasmés et passionnés des œuvres de nos confrères qui nous ont séduites, les unes par la noblesse de la simplicité de leur approche, les autres par leur capacité étonnante d’ausculter la nature humaine, ou encore par une mise en scène totalement inattendue et surprenante, qui ont su donner une dimension métaphorique, voire philosophique à leur œuvre. Nous avons tous eu des coups de cœur et nous les avons défendus vigoureusement en laissant parler nos émotions et nos sensibilités respectives.

Tous les cinq, venant d’univers différents, nous étions pourtant d’accord que l’audace et le courage vont de pair avec la création. Car c’est seulement en renouvelant les écritures et les formes, que le regard documentaire parvient à ébranler les certitudes, à partager les interrogations sur le monde, nous surprendre et nous faire rêver. C’est en étant audacieux, voire radical que l’œuvre arrive à résister au poids du formatage et à la pollution de communication de masse. Dans le contexte actuel, la recherche singulière, la démarche audacieuse sont certainement les choses les plus précieuses.

Nous avions donc encouragé cette démarche à l’unanimité. Et à l’unanimité, nous avions attribué six Étoiles. Pour le reste, nous avons longuement discuté, ce qui nous a permis de croiser nos regards, nous connaître et reconnaître une part de nous dans l’œuvre en question. Nous n’étions pas dans la démarche à vouloir avoir raison à tout prix et « vaincre » l’autre, mais plutôt dans la volonté de se comprendre et de respecter nos convictions respectives.

Et parfois, quand seule, une voix défendait le film, qu’il soit un court-métrage, un reportage, ou un documentaire de création, elle pouvait arriver à nous convaincre en mettant l’accent sur le point fort qui se dégageait dans le film et qui primait sur les maladresses ou les imperfections.

Nous avons été ravis de découvrir des œuvres singulières, fortes, audacieuses qui engagent notre imaginaire, qui nous bouleversent et nous inspirent. Et, tant que ces œuvres existent dans le paysage télévisuel, tant qu’il y a des auteurs qui gênent, qui empêchent la rationalité étriquée, on peut respirer et dire que tout va bien.