Alexandre Astruc, Cinéaste, romancier, encyclopédiste de notre temps (1923-2016)

Publié le jeudi 16 juin 2016


Un texte signé Guy Seligmann, auteur-réalisateur, ancien président de la Scam et président de l'association Scam Vélasquez.

Tribune, Agenda


Le vendredi 27 mai dernier au cimetière du Père Lachaise, il y avait peu de monde : « On n'y incinérait qu’Alexandre Astruc » comme le note Eric Neuhoff dans son article du Figaro Magazine (3 juin 2016). Aucune présence officielle du ministère de la Culture et de la Cinémathèque Française, dont il fut pourtant élu membre d'honneur pour en avoir été un ardent défenseur.

Lors de ces obsèques, Jean Douchet lui a rendu un hommage affectueux de cinéphile avisé pour mettre en évidence l’importance d’Astruc dans l’histoire du cinéma français d’après-guerre.

J’étais là, bien sûr ; J’ai connu Astruc en 1959 au moment où il mixait La Proie pour l’Ombre et ne l’ai guère quitté depuis. Il a vécu chez moi plusieurs années et nous avons souvent travaillé ensemble notamment lorsque Pierre-André Boutang, producteur de L’invité du Dimanche, lui a confié la réalisation d’une série intitulée évidement Caméra-stylo qu’Alexandre consacra, selon son gré, à Proust, Borges, Heidegger ou Vialatte pour ne citer que ceux-là.

Jamais Astruc n’a aussi librement, passionnément, intimement lié son stylo à la caméra, sa caméra au stylo. J’ai bien l’intention de convaincre l’INA de valoriser ce patrimoine. L’idée séduisait Alexandre, nous en avions souvent parlé lors de nos déjeuners hebdomadaires. D’autant que les projets d’Alexandre dont nous parlions, un documentaire consacré à Diderot à l’occasion du tricentenaire de sa naissance, et une fiction, adaptation de trois nouvelles de Mérimée, ont tous été rejetés par France Télévisions et ARTE avec une désinvolture méprisante et dédaigneuse.

La Scam tient à rendre hommage à Alexandre en mettant en ligne une « masterclass » qu’il fit à Tours à la demande de Pierre-Henri Deleau. C’est brillant, pertinent, éclatant d’intelligence. Une analyse fouillée de la relation littérature et cinématographe que toutes les écoles de cinéma devraient projeter à leurs élèves.

Ce sera un bel hommage à rendre à Alexandre Astruc que de l’écouter attentivement. De surcroît chacun y prendra un plaisir extrême, d’autant que vous n’aurez aucune chance de voir Astruc sur une des chaînes de France Télévisions.

Guy Seligmann

PS : Là où tu es, Cher Alexandre, toi qui y croyais, je t’embrasse, moi qui n’y crois pas.



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