les Étoiles 2009

Jean-Michel Meurice

Président du jury des Étoiles de la Scam 2009

Une sélection remarquable

Dire, avant tout, combien cette expérience est enrichissante. Dire combien c’est une chance pour des auteurs de regarder une sélection ample et riche d’œuvres remarquables. C’est comme faire le mur pour regarder chez le voisin. Découvrir les œuvres des autres. Beaucoup nous ont pris, passionnés. C’est comme la visite d’un musée de création contemporaine. Comme le sont les festivals, FIPA, Lussas…Pour ma part, je dois à l’exercice de ce jury, quelques belles rencontres. Inattendues et surprenantes. Emouvantes, aussi. J’y reviendrai.


La difficulté de juger ses pairs

Je ne reviendrai pas sur ce que mes prédécesseurs, Daniel Karlin et André S. Labarthe, ont déjà et très bien dit de la difficulté de juger ses pairs. Acceptons la, cette difficulté. La véritable, la seule peut-être, est d’éviter l’injustice. Or, le risque en est limité, car, après tout, dans ce cas précis, il ne s’agit ici que de distinction. Ni de classement, ni de punition. La sanction, il y en a bien une quand même, ne consiste qu’à préférer certaines œuvres à d’autres. C’est, après tout, une manière d’opérer qui nous est assez familière. Nous ne sommes pas indifférents à ce que nous voyons, à ce que nous lisons, à ce que nous écoutons, à ce que nous goûtons. Nous avons naturellement des goûts et des préférences. Nous savons pourquoi, et nous pouvons le faire valoir. Ce qui est moins naturel, ce qui ne l’est même pas du tout, c’est l’exercice collectif. Le problème c’est le goût des autres. La contrainte nécessaire du consensus. Le nivellement du goût.


Affirmer la diversité de nos préférences

Nous étions cinq, trois femmes, deux hommes, c’est un bon équilibre, très différents par nos expériences, nos origines, nos âges, nos carrières, nos engagements. La diversité de notre petit groupe en garantissait le pluralisme, la générosité et l’ouverture d’esprit. L’essentiel s’engage là, dans la composition du jury. Il me semble que par sa seule composition le jury doit avant tout garantir la diversité des points de vue. C’était le cas. Il fallait s’y tenir. Affirmer la diversité de nos préférences. Ne pas chercher à imposer ses propres références à autrui, ni convaincre quiconque de modifier les siennes. Fuir les marchandages, les comptes d’apothicaires, et le nivellement par consensus. Après tout, nous ne sommes missionnaires que de nous même. J’ai donc proposé une méthode de travail fondée sur deux principes : - affirmer des coups de cœur – et respecter notre diversité. Je tenais à ce qu’aucun d’entre nous, à l’issue du choix final, n’ait de regrets, ni ne souffre de devoir abandonner au consensus une œuvre qu’il aurait préférée à d’autres. Nous y sommes arrivés. Les préférences de chacun ont été respectées. Tous les coups de cœur sont là. Pas d’abandons. Ni de regrets.


Des œuvres, résolument des œuvres

Donc, nous avions à choisir 30 œuvres parmi les 60 qui nous étaient proposées, lesquelles 30 seront dotées par la SCAM. Nous nous sommes attachés à retenir les œuvres qui nous paraissaient les plus singulières, celles où la maîtrise d’un processus narratif inventif et original était évidente. Nous avons jaugé leurs qualités pédagogiques, dramatiques, et formelles. Pas de contingences. Pas de prime à l’impact d’un sujet, ni à l’auteur déjà confirmé, ni d’encouragement à la première œuvre. Des œuvres. Résolument, des œuvres. (…) Constat étrange et concluant, tous nos coups de cœur ont été les mêmes ; dans un ordre différent, mais rigoureusement les mêmes. Par chance, et cela il faut y insister, il n’y avait pas de classement. Choisir suffisait. S’il avait fallu classer, primer, « palm-dorer », il y aurait eu de la bagarre. Nous avions les mêmes quartés, mais dans le désordre. Nos diversités auraient divergé sur un ordre à établir. Elles ne divergeaient pas sur la sélection. C’est la bonne idée : une sélection sans palmarès.
De grandes différences de qualité Toutefois, nous avons noté des différences de qualité très grandes, et nous étions gênés de mettre au même niveau des œuvres qui ne l’étaient pas. Il y a en fait plusieurs familles, plusieurs niveaux de qualité. Disons qu’il y a une famille de 20 qui se distingue nettement, dont 8 émergent bien au dessus du lot. Nous avons jugé nécessaire et juste de faire cette distinction. Il faut noter aussi que ces 8 là traitent de sujets fort différents, et correspondent à des traditions documentaires différentes. Ils peuvent être des modèles. C’est utile les modèles. Non pas pour être copiés mais pour inspirer. Nous leur donnons une mention particulière.


A chaque génération sa tâche

Un mot pour conclure, à l’intention de Daniel Karlin dans le texte duquel j’ai senti percer la nostalgie d’une époque heureuse et facile que nous avons connue, quand des maîtres magnifiques nous ouvraient la voie. Times they are changing, chantait alors Dylan. A chaque génération sa tâche. Il y a 25 ans le genre documentaire était une espèce en voie de disparition. En fondant la SEPT ( plus tard ARTE ), en en faisant une chaîne consacrée pour les 2/3 aux documentaires, en créant la SCAM, nous avons contribué au sauvetage. Mais, times they are toujours changing, voici le temps du formatage. Qu’en est-il aujourd’hui des conditions de production ? Quel est le cadre offert à la création documentaire, dont le champ tend à se réduire, comme ailleurs, sous la pression des diffuseurs ? Alors que les chargés de programmes mettent désormais la main sur la création qu’en est-il du rapport créateur-producteur-diffuseur ?
Les Étoiles offrent un très large état des lieux de la diffusion sur les chaînes Le très large état des lieux offert par la sélection de la SCAM est l’occasion de vérifier son niveau de réalité. La réponse est intéressante. Sur les 30 œuvres primées par la SCAM, 41% ont été coproduites par ARTE, laquelle fait donc jeu égal avec les trois chaînes de France Télévisions ( 18% pour France 2 – 10% pour France 3 – 10% pour France 5 – 3 % pour France ô), là où les interventions des chargés de programmes sont de plus en plus sensibles. Ainsi, malgré tout, ARTE continuerait-elle à être « la chaîne de la création »?

Je tiens à remercier mes compagnes et compagnon d’un jour : merci à Chantal Briet, merci à Catalina Villar, à Tatiana Rachmanova, à Michael Gaumnitz, merci à la charmante et active Carine Bled-Auclair et merci à Ange Casta qui eut la lumineuse idée et merci à Patrick Benquet qui « coache » la bienfaisante entreprise.