Pierre Michon est entré dans la vie littéraire à trente-neuf ans avec la publication des Vies minuscules, prix France Culture 1984. Il déclarera plus tard que ce livre l’a « sauvé » : soit il devenait écrivain, soit il devenait clochard. À ce livre ont succédé Rimbaud le fils, ensemble de textes courts sur la destinée d’Arthur Rimbaud, analysant le poète qui a déjà fait couler beaucoup d’encre sous un angle nouveau, celui des personnes qui l’ont côtoyé dans son enfance et ceux qui l’ont guidé sur le chemin de la poésie. Puis, dans une veine romanesque, La Grande Beune et Abbés. Dans Vie de Joseph Roulin, il relate l’histoire du facteur six fois pris en modèle par Van Gogh et mesure ainsi l’écart entre la misère, l’agonie du peintre d’Auvers-sur-Oise, et l’avenir inimaginable de ses tableaux après sa mort.

La lecture des œuvres de Pierre Michon peut se faire à voix haute, tant la musicalité et l’oralité y sont sensibles et prégnantes. Sa poésie en prose pourrait incarner une version moderne des chansons transmises jadis par les troubadours. À travers ses mots se lit l’impérieuse nécessité de faire renaître les êtres inconnus, ceux que l’histoire a oubliés mais qui peuplent nos existences. Comme si la littérature rendait justice à la vie.

Bibliographie (extraits) :
Vies minuscules (Gallimard │ 1984),
Vie de Joseph Roulin (Verdier │ 1988),
L’Empereur d’Occident (Fata Morgana │ 1989),
Maîtres et serviteurs (Verdier │ 1990),
Rimbaud le fils (Gallimard │ 1991),
La Grande Beune, Le Roi du bois (Verdier │ 1996)
Mythologies d’hiver, Trois auteurs (Verdier │ 1997),
Corps du roi, Abbés (Verdier │ 2002), Prix Décembre,
Le Roi vient quand il veut : propos sur la littérature (Albin Michel │ 2007),
Les Onze (Verdier │ 2009), Grand Prix du Roman de l’Académie française,
Vermillon, avec Anne-Lise Broyer (Verdier │ 2012).


Pierre Michon ou le désir du monde par Colette Fellous

Pour raconter l’histoire de Pierre Michon, il faut commencer par ouvrir le livre qui l’a fait entrer en littérature: Vies minuscules. C’était en 1984. Il avait obtenu le Prix France-Culture et peu à peu, ce livre est devenu un livre culte. Disons-le tout de suite, Vies minuscules est un chef-d’œuvre. Une fulgurance dans le monde littéraire, tout comme son auteur qui est un des plus grands et des plus singuliers écrivains contemporains, avec une œuvre puissante et secrète, dans la lignée des grands prosateurs français. Rimbaud le fils, Maîtres et serviteurs, Abbés, Corps du roi, La Grande Beune, Vie de Joseph Roulin, Les Onze. Une œuvre forte, exigeante, très physique, scandée de lumière et de noirceur.

Au temps des Vies minuscules, Pierre Michon avait déjà abandonné sa vie de théâtre, on était au début des années 70. Il vivait à Orléans, faisait des petits boulots, lisait déjà beaucoup, enseignait « le français langue étrangère» parce qu’il lui fallait bien avoir un salaire, mais peut-être était-ce là une des plus belles façons de regarder sa propre langue et de l’emmener en voyage que de  l’enseigner à des étrangers, à la fois pour se la réapproprier et la réinventer ?

Quand je l’ai rencontré dans la maison de ses grands-parents, un été, dans la Creuse, pour une série d’À voix nue pour France-Culture, j’ai eu le sentiment d’entrer dans les pages du livre, j’avais mis les pieds sur sa terre de naissance. Vies minuscules a été pour Pierre Michon le laboratoire de l’écriture, comme une scène intérieure qui l’a rendu écrivain, qui l’a métamorphosé, voire même « sauvé ». Quand on lui demande comment il a écrit un tel livre, sa réponse est simple: il ne s’est rendu compte de rien, il l’a écrit avec des œillères, sans le projet de bâtir un livre qui tienne et c’est justement pour cela que ça a fonctionné. Il l’a écrit en attendant d’en écrire un autre, qui serait publié. Celui-là, il le voulait complètement libre. « J’étais comme sur des ailes. Le livre est venu tout seul, dans une espèce de grâce.

J’écrivais une vie en une semaine, puis je laissais reposer deux ou trois mois. J’avais trouvé ce vague truc qui était de parler de mes ancêtres proches et je suis parti là-dedans, avec fougue et désir. Je me disais : je ne suis pas encore mort. C’était un des rares moments de ma vie où je ne me suis pas senti mort. Il y avait une sorte de jeu aussi, comme si je voulais faire l’intéressant et clamer : attention, j’arrive !

Ce n’était pas distancié du tout, tout était très proche de ma vie, de ma famille. Le livre a été fait en pensant surtout à mes grands-parents. Ils avaient disparu depuis peu et j’avais envie de revenir vers le monde qu’ils avaient connu, j’avais envie d’être à l’intérieur de ce qu’ils avaient vu, senti, touché. Leur parole était encore vive en moi. Je parlais avec leurs voix. Avec leurs intonations. J’ai trouvé cette façon de les raconter grâce à la voix de ma grand-mère. Il me semblait la suivre, la faire réapparaître. Très souvent, quand je suis dans des moments de mélancolie et d’abattement, je me dis que j’ai essayé d’écrire avec la voix qu’ils avaient, et c’était ça ma voix littéraire, mais qu’aujourd’hui cette voix, je ne peux plus la faire jouer, je ne l’ai plus, je ne l’entends plus ».

Pierre Michon se tient souvent entre l’orgueil et l’humilité, le drame et la désinvolture, le désir et le découragement, il reste un des êtres les plus attachants, celui qui ne triche jamais, celui qui dira crûment ses empêchements, ses doutes, ses errances, avec la plus grande des élégances. « Aujourd’hui, je me demande si je ne lis pas en pure perte. Il faudrait écrire, mais je n’y arrive pas. Je crois que ce qui m’a manqué, c’est une formation. Il faut avoir appris à lire, je ne suis pas sorti d’une grande école comme beaucoup d’écrivains, alors j’erre dans ces pages, je suis comme un enfant dyslexique, j’ai un rapport très bizarre à la lecture aujourd’hui, je vois ce que l’auteur a voulu dire et puis tout à coup non, je ne vois plus ». Et il rit, d’un bon rire malicieux, parce qu’il sait que ce qu’il dit n’est pas tout à fait vrai. Mais il ajoute, d’une voix théâtrale: « En fait, je lis dans la terreur ». Et tous les deux, nous rions. « Bien sûr je remplis des carnets, car ça me donne un semblant d’occupation, ils sont interminables, tout est enfilé, je ne sais qu’en faire, ça ne m’est plus d’aucun secours, il y a sûrement des tonnes de livres dedans. J’ai une sorte d’imagination borgésienne, du livre absolu. Je ne crois pas qu’il existe. J’aimerais un livre que je pourrai écrire en un mois, j’attends ce moment où de nouveau je serai aussi gonflé que dans les Vies minuscules. On est prisonnier de ce qu’on a écrit. Cette liberté je ne l’ai eue vraiment qu’une fois ».

En suivant la voix de Pierre Michon, je retrouve celle de Marguerite Yourcenar qui aimait toujours citer calmement Zenon: « Je suis un mais des multitudes sont en moi ».

« J’ai lu cet été les romans de Marguerite Yourcenar, dit encore Pierre Michon, qui est si heureux d’inaugurer le Prix Marguerite Yourcenar, je les ai lus pour l’occasion, ils sont très fabriqués mais des petits romans comme Le Coup de grâce, qui se passe en Lettonie, c’est vraiment très beau. Pendant longtemps, j’avais un préjugé contre Les Mémoires d’Hadrien à cause de l’énorme contentement de soi du personnage mais là, j’ai beaucoup aimé le roman. Je devrais lire L’Oeuvre au Noir ».

Et avant de se quitter, Pierre Michon feuillette ses carnets car il aimerait que quelques-unes des phrases qu’il a notées viennent se glisser dans son portrait. Celle-ci par exemple, de Maurice Blanchot: « L’inspiration est d’abord ce projet par où elle manque ». Ou cette phrase terrible de Marlowe, que voici : « Tu as commis la fornication, mais c’était dans un autre pays, et d’ailleurs la fille est morte »… Ou encore cette phrase de Roland Barthes dans La Préparation du roman, dont la lecture le passionne. À la fin de son cours, Roland Barthes évoque ce roman impossible qu’il n’est pas sûr de pouvoir écrire un jour: « Pourquoi ce doute? Parce que le deuil de ma mère, il y a deux ans, a remanié profondément et obscurément mon désir du monde ».

Pierre Michon répète lentement cette phrase et lance, presque en guise de conclusion: « C’est avec ça qu’on fait de beaux livres, avec le désir du monde. J’espère bien que mon désir est intact et que bientôt, toutes mes lectures vont accourir à nouveau à mon service pour se mettre sur la page. La lecture sert à ça. Tout se mettra en rang d’oignons ! Écrire c’est un acte de guerre, mais c’est aussi un acte d’amour dans le désir du monde. Je pense à une littérature qui se niche dans l’entièreté des choses ».

Lire l’intégralité de l’article dans la lettre Astérisque

Bertrand Leclair a publié une vingtaine de romans et essais depuis L’industrie de la consolation (Verticales, 1998), parmi lesquels L’invraisemblable histoire de Georges Pessant (Flammarion, 2010), Malentendus (Actes Sud, 2013) ou Dans les rouleaux du temps (Flammarion, 2011) pour lequel il a obtenu la Bourse Cioran.

Il est également l’auteur d’une trentaine de fictions radiophoniques (France Culture, France Inter).
Son dernier livre, Débuter, comment c’est a paru chez Pocket, collection Agora.

Entretien: Pascal Ory avec Pierre Michon
Lecture de textes : par Jacques Bonnaffé
Durée : 1h30

Une soirée littéraire autour du premier lauréat du Prix Marguerite Yourcenar : Pierre Michon

Présidé par Pascal Ory et composé de Pascal Boille, Catherine Clément, Colette Fellous, Michèle Kahn, Hervé Le Tellier, Benoît Peeters, Antoine Perraud et Olivier Weber, membres de la commission de l’écrit de la Scam, ce prix, doté de 8.000 euros, couronne un auteur pour l’ensemble de son œuvre.
Pour sa première édition, le Prix Marguerite Yourcenar a été attribué à Pierre Michon.


En prologue, la projection d’un extrait de l’émission de Bernard Pivot, Apostrophes, consacrée à Marguerite Yourcenar (7 décembre 1979, Ina).

Pascal Ory s’entretient avec Pierre Michon

Lecture de textes de Pierre Michon par Jacques Bonnaffé

 

 

Réservation indispensable: culture@scam.fr

> le dossier de presse – pdf

> (re)voir l’intégralité de la soirée via Webculture

Né en 1947, Jean Echenoz a publié le premier de ses dix-sept romans ou récits aux Editions de Minuit en 1979. Ses premiers livres sont portés par l’influence du roman noir, du cinéma et de la musique. Ils reflètent son goût de la géographie et révèlent son art du glissement, qu’il soit narratif ou syntaxique. La fiction est un terrain de jeu dans lequel Jean Echenoz semble toujours emprunter des « voix latérales ». En 2001, il consacre un récit à son éditeur disparu, Jérôme Lindon. Suivront entre autres trois romans consacrés à trois vies : celles du compositeur Maurice Ravel, de l’athlète Emil Zatopek et de l’inventeur Nikola Tesla. Dans son dernier livre, Jean Echenoz renoue avec le roman d’espionnage.

Éléments bibliographiques

Le Méridien de Greenwich, Minuit, 1979
Cherokee, Minuit, 1983,
L’Équipée malaise, Minuit, 1987
Nous trois
, Minuit, 1992
Les Grandes blondes, Minuit, 1995
Je m’en vais
, Minuit, 1999

Ravel
, Minuit, 2006

Courir
, Minuit, 2008

Des éclairs
, Minuit, 2010
14
, Minuit, 2012
Envoyée spéciale
, Minuit 2016


Jean Echenoz
par Colette Fellous, écrivaine

C’est à une étonnante plongée dans les coulisses de l’œuvre de Jean Echenoz que nous avait invités l’exposition qui lui a été consacrée à la BPI du Centre Pompidou l’an dernier1. Lettres, documents préparatoires à l’écriture de ses romans, journaux, cartes, itinéraires aériens, cartes postales, bestiaires, extraits de films, photos, archives, carnets d’un poilu qu’il a recopiés à la main pour son livre 14, ou articles de L’Équipe sur Emil Zatopek, personnage de son roman Courir. « Roman, rotor, stator » était le titre de cette exposition, formule extraite de son premier roman Le Méridien de Greenwich, paru en 1979. Roman, moteur, immobilité. Trois mots qui, d’une certaine façon, éclairent l’œuvre de Jean Echenoz, une œuvre étrange, puissante, secrète, qui puise sa force dans l’observation minutieuse du réel et dans la recherche d’une langue musicale qui accueille les dissonances, les surprises, les accidents et la cocasserie, sans jamais se répéter ni se figer dans un système.

« J’aime quand c’est différent, j’ai besoin que ça bouge, si je m’attardais sur quelque chose de trop fixe, je m’ennuierais », dit-il. Et si son œuvre est avant tout marquée par le mouvement et le déplacement, la Corée, Greenwich, la Malaisie, l’Inde du Sud, le pôle Arctique, ou tout simplement Paris, le RER, un cargo, la gare du Bourget, la place Franz-Liszt, c’est qu’il a une terreur de la répétition. Écrire, c’est se battre contre ce qui revient sans cesse, c’est aller au-delà de ce qu’on sait faire, s’aventurer, se renouveler, enquêter. Il y a quelque chose du détective ou de l’enquêteur chez lui, un personnage qui voudrait parfois se rendre invisible pour mieux voir, écouter, sentir, qui ne parle pas beaucoup, qui sourit et ne cherche jamais à expliquer quoi que ce soit. C’est au lecteur de dire. Enquêter est déjà une situation romanesque, on part à la recherche de traces, on interviewe, on rencontre, on découvre, on s’étonne. Un livre est toujours chez lui le résultat d’un long travail d’enquête qui lui prend à peu près deux années, pendant lesquelles il amasse des choses entendues, observées, rêvées, glanées au hasard. Ce sont parfois des déchets ou des notes qui ne lui serviront pas directement et ne réapparaîtront peut-être que plus tard, dans un autre livre. Chaque roman a sa propre logique, sa propre vitesse et il arrive que le texte refuse certaines scènes que l’auteur propose, c’est là toute la beauté et la force de la littérature.

Jean Echenoz est apparu sur la scène littéraire en 1978, à une époque où le roman était fatigué, où il était plutôt question de théorie littéraire et de croisements de disciplines, littérature, psychanalyse, linguistique, ethnologie, tout cela était lié et exigeait du lecteur une autre approche de tout texte littéraire, plus analytique. S’engager à écrire un roman dans ces années-là était une prouesse et un défi. C’est alors qu’après avoir fait pendant de nombreuses années des pages d’écriture, exercices où il s’amusait, à la façon des peintres, à copier des écrivains qu’il aimait, Burroughs ou Melville par exemple, après avoir été formé depuis l’enfance par la musique et le cinéma, il a choisi une nouvelle porte d’entrée qui n’avait pas encore été trop empruntée : le roman noir. Mais en avançant dans l’écriture, le roman était parti dans des directions différentes, cela a donné Le Méridien de Greenwich, livre devenu presque culte, signant le début d’une grande complicité avec Jérôme Lindon et les Éditions de Minuit, aujourd’hui dirigées par sa fille, Irène Lindon. La rencontre avec Jérôme Lindon a été décisive dans le parcours de son œuvre, aujourd’hui traduite en plus de trente langues : « Il avait un mode de lecture très précieux. À sa mort, j’ai eu envie de fixer des souvenirs, juste pour moi, pour ne pas les perdre, je ne croyais pas que cela deviendrait un livre, mais lorsque Irène Lindon a lu mon récit, elle a décidé de le publier. » Le livre, élégamment intitulé Jérôme Lindon, est paru en octobre 2001, il témoigne de la force et de la complexité des liens entre un auteur et son éditeur : « On parle forcément de soi lorsqu’on parle de quelqu‘un, on délivre aussi quelque chose de soi. »

Si Jean Echenoz n’aime pas trop se livrer sur le commentaire de ses propres livres, il s’enthousiasme volontiers sur ses lectures, celle de Dickens par exemple, qui a été une vraie bascule dans l’enfance, une voie vers la littérature, puis la découverte de Melville et Stevenson, surtout Le Maître de Ballantrae, qu’il a d’ailleurs préfacé pour une édition de POL. Un des livres qu’il aime relire sans se lasser est le livre de Raymond Roussel La Vue, un poème de huit cents alexandrins qui détaille de façon cocasse une scène de bain captée à travers l’œilleton d’un porte-plume, la description devenant une forme de fiction aventureuse. D’autres lectures ont été importantes, Le Bavard de Louis-René des Forêts, ou Les Lauriers sont coupés d’Édouard Dujardin. On ne s’étonnera pas que ce soient trois textes qui ont fondé la modernité littéraire. Jean Echenoz est sans doute lui aussi inventeur d’une modernité, même s’il ne le revendique jamais. Trop pudique et trop modeste pour cela. Aujourd’hui, pour un livre en préparation, il rassemble des recherches sur l’histoire des satellites, de ceux qui rôdent autour de nos têtes et qui finiront bien par nous tomber sur la tête…

S’il écoute moins de jazz qu’au temps de Cherokee, il reste toutefois fidèle à Schubert et Haydn, à Ravel, Stravinsky et Bach, qui ont été la toile de fond de son enfance puisqu’il a toujours vu sa mère jouer du piano, dans ses maisons installées dans l’enceinte de l’hôpital psychiatrique où son père était médecin psychiatre, principalement en Haute-Provence.
Une chose encore, Jean Echenoz s’est aperçu récemment, et il s’en étonne, qu’il y avait un lien entre les trois portraits qui forment sa magnifique trilogie, écrite dans un style limpide, direct, qui laisse toutefois grande place à l’énigmatique : Des éclairs, Ravel et Courir, les vies de Nikola Tesla, un génie de la physique, de Ravel et du coureur Emil Zatopek. « Quand les livres ont été finis, je me suis rendu compte qu’il y avait eu chez tous les trois une forme de grandeur puis de décadence, l’histoire d’un sommet puis d’une chute. »

À la façon des rétrospectives cinématographiques, l’heure est à relire tous les romans de Jean Echenoz, qui, bien que différents, laissent en nous une même trace, une même ambiance. Ils lui ressemblent et n’ont pas vieilli, tout comme lui : regardez-le, son visage a gardé secrètement la clarté et le temps de son adolescence.

(1)  Exposition orchestrée par Emmanuèle Payen et Isabelle Bastian-Dupleix, avec Gérard Berthomieu comme conseiller scientifique, en partenariat avec la Bibliothèque Jacques-Doucet et les Éditions de Minuit.


Au ciel
par Jean Echenoz

Depuis pas mal de temps, bon nombre de machines volantes sont propulsées à des fins scientifiques, politiques et marchandes, vers les hauteurs ionosphériques. Or, que tout ou partie de ces objets viennent un jour retomber sur Terre, l’opinion sous-estime cette éventualité. On la comprend car il est établi que leurs fragments, outre qu’ils sont en général de petite taille, s’amenuisent encore pendant leur chute par effet de frottement, d’usure et de consomption dans les couches denses de l’atmosphère. Ordinairement ils se dissolvent et leur format, quand il n’est pas réduit à rien, passe inaperçu : l’opinion les remarque peu. De plus, la Terre étant couverte à plus de 75 % d’océans, de déserts et de chaînes montagneuses inhospitalières, le risque est faible que ces débris choient sur une humanité qui, de plus en plus, s’agglomère en ville.
Faible, mais point nul : il s’en est quand même trouvé quelques-uns pour dégringoler pas si loin des populations – quoique jamais, dit-on, sur ces populations elles-mêmes. Ces dernières années, sans nuire à qui que ce soit, certains se sont par exemple écrasés dans les environs de Riyad, vers la banlieue pavillonnaire de Georgetown, parmi les faubourgs éloignés d’Ankang ou au beau milieu d’un parc en Ouganda. Leur nature était assez variable, pouvant consister en simples sangles, menus éclats de peinture ou boulons érodés mais parfois aussi, plus volumineuse, en réservoirs d’hélium, turbopompes, tuyères ou sas d’arrimage.
Si l’on peut s’étonner que ces chutes de détritus spatiaux provoquent si peu d’accidents fâcheux, on peut aussi les supposer amenées à se multiplier. Car après les quelque cinq mille lancements consécutifs à celui de Spoutnik 1 en 1957, ce sont à peu près sept mille tonnes de matériel qui orbitent aujourd’hui dans la voûte céleste au-dessus de nos boîtes crâniennes. Et ce, dans ces dernières, afin d’alimenter nos cerveaux en informations diverses et, naturellement, de mâcher le travail de renseignement sur nos personnes. Des vingt milliers d’objets aux formats divers qui se promènent ainsi, nous surplombant en orbite, on est en droit d’imaginer que les trois quarts, ceux qui évoluent à moins de mille kilomètres d’altitude, retomberont un de ces jours n’importe où, pourquoi pas à nos pieds. Notons avec soulagement qu’au-delà de cette distance, l’espérance de vie du quart restant est une affaire de siècles et peut même prétendre, dans les hauteurs extrêmes, à l’éternité.
Certes, il serait aisé, du moins envisageable, d’expédier vers l’éther des appareils spéciaux chargés de se débarrasser des gros débris les plus menaçants. Quant aux petits, l’on sait qu’à leurs moments perdus, sur leurs planches à dessin, des techniciens conçoivent toute sorte de satellites chasseurs équipés de harpons, de pinces ou de filets pour les neutraliser. Mais tout cela n’a finalement que très peu d’importance, la chance d’être frappé par une épave d’engin étant soixante-cinq mille fois plus faible, parole d’expert, que de l’être par la foudre. (N’empêche.)

Entretien: Colette Fellous avec Hélène Cixous
Lecture de textes : par Daniel Mesguish
Durée : 1h30

Une soirée littéraire autour de la lauréate du Prix Marguerite Yourcenar


Anne Georget, présidente de la Scam,
Pascal Ory, président de la commission de l’écrit de la Scam,

Hervé Rony, directeur général de la Scam,
sont heureux de vous convier à
une soirée littéraire autour de

Hélène Cixous

Colette Fellous s’entretiendra avec Hélène Cixous,
avant la lecture par Daniel Mesguish de textes choisis dans son œuvre.

Lundi 5 décembre 2016 à 19h30
Théâtre du Vieux Colombier
21, rue du Vieux Colombier
75006 Paris

Cocktail / Réservation indispensable : culture@scam.fr

Il collabore au supplément littéraire de La Croix depuis 2006 et il est membre du comité de lecture de la revue Médium (dirigée par Régis Debray).
Entre 1986 et 2016 il s’est illustré comme producteur à France Culture (pour l’émission Tire ta langue) puis comme critique et grand reporter au magazine Télérama. Il est aujourd’hui journaliste à Mediapart.

Antoine Perraud est l’auteur de La Barbarie journalistique (Flammarion, 2007), qui analyse, à partir des affaires Alègre, d’Outreau et de la prétendue agression du RER D, comment le droit de savoir peut céder le pas à la frénésie de dénoncer…

Pascal Quignard grandit au Havre puis à Sèvres. Il a étudié communément les lettres classiques, la philosophie et la musique.
En 1968, à 20 ans, il entre dans le groupe de la revue l’Éphémère (Paul Celan, Yves Bonnefoy, Michel Leiris, Louis-René des Forêts…) en même temps qu’il publie son premier essai chez Gallimard, maison où il exercera vite comme lecteur et dont il deviendra un membre important au fil des années. Il a par ailleurs enseigné la littérature grecque et romaine du Moyen Âge et de la Renaissance.
Ses romans, dont Le Salon de Wurtemberg, Tous les matins du monde ou Villa Amalia – les deux derniers ayant donné lieu à des adaptations cinématographiques brillantes – le font largement connaître. Avec l’aide de François Mitterrand, il a fondé le Festival d’Opéra et de Théâtre baroques de Versailles en 1992.
En 1994, il quitte toutes ses autres fonctions pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il entame en 1999 Le Dernier royaume, dont les premiers tomes paraissent en 2002. Ni essais, ni romans, – « tous les genres sont tombés » -, ces livres, dont il existe à ce jour dix tomes, sont des explorations libres de l’esprit de l’auteur.
Depuis de nombreuses années il collabore régulièrement avec des metteurs en scène de théâtre ou des chorégraphes et il se produit en tant que lecteur, récitant, musicien.


Bibliographie sélective :

L’Être du balbutiement, Mercure de France, 1969
Le Lecteur, Gallimard, 1976
Le Salon du Wurtemberg, Gallimard, 1986
La Leçon de musique, Hachette, 1987
Les Escaliers de Chambord, Gallimard, 1989
La Raison, Le Promeneur, 1990
Tous les matins du monde, Gallimard, 1991
Le Sexe et l’effroi, Gallimard 1994
La Haine de la musique, Calmann-Lévy, 1996
Terrasse à Rome, Gallimard, 2000
Requiem, Galilée, 2006
Villa Amalia, Gallimard, 2006
La Nuit sexuelle, Flammarion, 2007
Les Solidarités mystérieuses, Gallimard, 2011
L’Origine de la danse, Galilée, 2013
Sur l’image qui manque à nos jours, Arléa, 2014
Le Chant du Marais, Chandeigne, 2016
Les Larmes, Grasset, 2016
Une journée de bonheur, Arléa, 2017
Dans ce jardin qu’on aimait, Grasset, 2017

Le Dernier royaume
Les Ombres errantes (Tome I), Grasset, 2002
Sur le jadis (Tome II), Grasset 2002
Abîmes (Tome III), 2002
Les Paradisiaques (Tome IV), Grasset 2005
Sordidissimes (Tome V), Grasset 2005
La Barque silencieuse (Tome VI), Le Seuil, 2009
Les Désarçonnés (Tome VII), Grasset 2012
Vie secrète (Tome VIII),Gallimard, 1998
Mourir de penser (Tome IX), Grasset, 2014
L’Enfant d’Ingolstadt (Tome X), Grasset, 2018