Fortement ancrés dans l’Histoire, ses romans mettent en lumière des faits ou des êtres injustement oubliés, et entraînent les lecteurs aux quatre coins du monde. Elle a publié une vingtaine d’ouvrages, notamment Shanghaï-la-juive, Cacao (Prix Cœur de la France 2003), La Clandestine du voyage de Bougainville (Prix Marc Elder) et Un Soir à Sanary.

Très impliquée dans la vie des auteurs, Michèle Kahn a été administratrice de la Scam.
Elle y a créé le Prix Joseph Kessel, remis chaque année à Saint-Malo lors du festival Étonnants voyageurs, et le Prix François Billetdoux.

Elle est également membre d’autres jurys littéraires.

Le goût de la solitude, de la liberté et des grandes aventures du langage

Il y a de la magie dans l’œuvre de Marie NDiaye, le réel vacille parfois et à force de l’observer, on y découvre des cercles invisibles qui vont nous mener peu à peu au cœur des choses, au cœur de ce qu’on ne savait pas regarder, ou de ce qu’on avait regardé distraitement.
Des fantômes peuvent alors apparaître, des êtres somnambules, des personnages comme issus de contes anciens ou de mythes, mais aussi des couleurs, des paysages, des noms étranges, des ambiances, des faits divers.
C’est cela la voix singulière de Marie NDiaye dans le paysage littéraire contemporain.

Une voix apparemment calme, sereine, patiente, tranquille qui va pourtant bousculer tout ce qu’elle touche (d’une phrase qui devient de plus en plus sobre) et le rendre merveilleux, légèrement décalé, toujours secret et profond.
La magie comme la littérature est faite pour montrer les facettes moins visibles et moins accessibles du réel.

On dirait que c’est à cela que s’est toujours attachée à chercher Marie NDiaye, et depuis son premier livre publié à dix-sept ans par Jérôme Lindon, aux Éditions de Minuit : Quant au riche avenir. Un titre qui ne croyait pas si bien dire, surtout lorsque l’on sait que Marie avait déjà écrit huit ou dix romans précédemment, depuis ses dix ans et qu’elle était sûre d’en écrire bien d’autres.
C’est avec joie que le jury du Prix Marguerite Yourcenar 2020 a choisi de couronner son œuvre qui aurait été certainement appréciée par Marguerite Yourcenar, ayant toutes deux en commun le goût de la solitude, de la liberté et des grandes aventures du langage.

Colette Fellous, romancière, membre du jury

 

Marie NDiaye est née à Pithiviers le 4 juin 1967 d’un père d’origine sénégalaise et d’une mère française. Elle a commencé à écrire vers l’âge de treize ans et publie à dix-huit ans son premier roman Quant au riche avenir, aux éditions de Minuit. Elle obtient une bourse de l’Académie de France et sera pensionnaire durant un an à la Villa Médicis à Rome de 1989 à 1991. Elle écrit de nombreux romans, dont En Famille (1991), La Sorcière (1996), La Naufragée (1999) et en 2001, Rosie Carpe, publié aux éditions de Minuit, est couronné par le prix Femina.

En 2009, Marie NDiaye obtient le prix Goncourt pour son roman Trois femmes puissantes, publié aux éditions Gallimard. En 2013, Ladivine qui conte le destin tourmenté de trois générations de femmes, est récompensé par le grand prix de l’héroïne Madame Figaro. Son dernier roman, La Vengeance m’appartient,  est paru en janvier 2021 aux éditions Gallimard. Marie NDiaye a également écrit pour la jeunesse et pour le théâtre. Elle est l’un des deux seuls auteurs français vivants inscrits au répertoire de la Comédie Française avec Papa doit manger.
Depuis trente ans, l’écriture singulière de Marie NDiaye ne cesse de se développer entre œuvre romanesque et théâtrale. Une œuvre qui creuse toujours plus avant le rapport des êtres au monde et questionne avec justesse la filiation, la responsabilité morale et ce que chaque humain se doit à lui-même.


Romans

2021 La Vengeance m’appartient, Gallimard
2016 La Cheffe, roman d’une cuisinière, Gallimard
2013 Ladivine, Gallimard
2011 Y penser sans cesse – Photographies de Denis Cointe, L’Arbre vengeur
2009 Trois femmes puissantes, Gallimard
2007 Mon cœur à l’étroit, Gallimard
2005 Autoportrait en vert, Mercure de France
2004 Tous mes amis, nouvelles, Minuit
2001 Rosie Carpe, Minuit
1999 La Naufragée, Flohic
1996 La Sorcière, Minuit
1994 Un temps de saison, Minuit
1989 La Femme changée en bûche, Minuit
1988 Comédie classique, P.O.L
1985 Quant au riche avenir, Minuit

Théâtre

2011 Les Grandes Personnes, Gallimard
2007 Providence et Toute vérité avec Jean-Yves Cendrey,in Jean-Yves Cendrey et Marie NDiaye, Puzzle, Gallimard
2004 Rien d’humain, Les Solitaires Intempestifs ; Les Serpents, Minuit
2003 Papa doit manger, Minuit
1999 Hilda, Minuit

Romans jeunesse

2016 Vingt-huit bêtes : un chant d’amour avec Dominique Zerhfuss, Gallimard
2005 Le Souhait – Illustration Alice Charbin, École des loisirs
2003 Les Paradis de Prunelle – illustration Pierre Mornet, Albin Michel Jeunesse
2000 La Diablesse et son enfant – illustration Nadja, École des loisirs


Auteur d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart traduits en français et dans d’autres langues, lauréat de plusieurs prix dont celui de l’Académie de la langue turque en 1976 pour son premier récit Un long été à Istanbul, Nedim Gürsel écrit en turc et en français. Il est directeur de recherche au CNRS et chargé de cours à l’Institut national des langues et civilisations orientales.

Plusieurs de ses textes ont été mis en scène en Turquie et dans plusieurs pays européens.  Il a obtenu en 2004 le prix France-Turquie et a reçu la même année le titre de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. Son dernier ouvrage, A l’ombre des pyramides, a été publié en 2019 aux éditions Empreinte temps présent.

Née à Padoue en Italie en 1961, Simonetta Greggio, après des études à la Faculté de Lettres modernes de Padoue, s’installe en France en 1981 et suit le séminaire de Milan Kundera sur l’histoire des Littératures Mitteleuropéennes à l’Ecole des Hautes Etudes.
Romancière italienne aux multiples talents, Chevalier des Arts et des Lettres, un temps journaliste pour City, Télérama, Magazine Littéraire, Figaro Madame, La Repubblica, Marie France, Signature, Senso, Simonetta Greggio manie à merveille les mots et l’art de « fabriquer des histoires ».

Romans et nouvelles

2005 premier roman, La Douceur des Hommes, chez Stock, élu par Lire dans les 20 meilleurs livres de l’année.
2006 Etoiles chez Flammarion (Aide CNL). Livre de Poche.
2007 Col de l’Ange chez Stock. Livre de Poche.
2009 Les Mains Nues chez Stock. (Résidence Marguerite Yourcenar) Livre de Poche.
2010 Dolce Vita chez Stock, roman sur l’Italie de 1950 à 1980. Finaliste Renaudot et Interallié. Prix Zepter. Livre de Poche.
2011 L’odeur du Figuier, recueil de nouvelles, chez Flammarion. Prix Saint Tropez. Prix Arcachon. Livre de Poche.
2012 L’homme qui aimait ma femme chez Stock. Livre de Poche.
2013 Nina chez Stock, en collaboration avec Frédéric Lenoir. Livre de Poche.
2014 Les Nouveaux Monstres chez Stock. Finaliste Interallié. Livre de Poche.
2015 Femmes de rêves, bananes et framboises Flammarion
2016 Black Messie Stock. Prix Casanova. Livre de Poche.
2018 Elsa mon amour Flammarion. Livre de Poche.
2020 L’ourse qui danse Cambourakis/Confluences.
En écriture, troisième volet de la trilogie italienne, Bellissima 2021, (Aide CNL)

Scénarios

Palmyre avec Joel Farges
Etoiles avec Philippe Muyl
Baby angel avec Gaelle Royer
Titane avec Julia Ducourneau (en production)

Radio

Identification d’une femme, Elsa Morante par Simonetta Greggio, productrice, Création on air, France Culture 24 janvier 2019
La Grande Traversée, Virginia Woolf, productrice, France Culture, juillet 2019
La Grande Traversée, Brigitte Bardot, productrice, France Culture, aout 2020

D’origine tunisienne, Colette Fellous commence sa vie de productrice dans les années quatre-vingt à France Culture, avec les émissions Nuits Magnétiques, et Carnet nomade. Elle est également éditrice et dirige aux éditions du Mercure de France la collection « Traits et portraits ».

Colette Fellous est l’auteure d’une vingtaine de romans.
Le dernier, Pièces détachées, est paru en 2017 chez Gallimard. Son prochain ouvrage à paraître s’intitule Kyoto Song, également chez Gallimard. 

Maître de conférences à Paris-I Panthéon Sorbonne, Catherine Clément a ensuite multiplié les aventures professionnelles et culturelles sans jamais cesser d’écrire. Elle a publié une vingtaine d’essais et de romans traduits dans de nombreux pays.

Elle a été cheffe de la rubrique Culture au Matin de Paris, chroniqueuse et productrice à France-Culture, puis directrice de l’Association Française d’action artistique au Ministère des Affaires Étrangères. Depuis 2006, elle est directrice de l’Université populaire au musée du quai Branly et depuis 2011, vice-président de la Maison des Cultures du Monde.

La meilleure manière de parler de Pierre Bayard, c’est celle qu’il prescrit dans le plus insolent de ses essais, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus : lire ou ne pas lire, nous dit-il, n’est pas la bonne question. La vraie question est : qu’appelle-t-on lire ? Qu’est-ce que lire veut dire ? Que sait-on des livres que l’on a lus ?
Qu’est-ce qui est plus important ?
Ce que l’on retient ?
Ou ce que l’on ne retient pas ?

Ne pas lire Bayard serait déjà rêver autour de ses titres, Le Paradoxe du menteur, je dis vrai en disant que je mens, Le Plagiat par anticipation, où l’après se situe avant l’avant, Aurais-je été résistant ou bourreau ?, vertige sur la question du libre arbitre et de la bifurcation existentielle, Demain est écrit, réponse décalée au livre précédent, Enquête sur Hamlet, traversée et mise en abyme d’une œuvre, Il existe d’autres mondes, exploration d’univers communicants où l’on mènerait des vies parallèles.
Liste non exhaustive.
Difficile de faire le malin avec cet écrivain, professeur de littérature française à Paris 8 et psychanalyste. Alors, Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ? Visiblement oui, avec bonheur, même si, appliqué au quotidien, ça donne le tournis, une sorte d’ivresse aussi, car le temps y est perpétuellement scindé vers d’innombrables probabilités. Il en résulte un désir de tout lire – du verbe desiderare, interroger les astres.

On connaît très mal un écrivain par un seul de ses livres, dit Marguerite Yourcenar. Les quelques titres cités n’étant qu’une mise en bouche, il faut tout lire de Pierre Bayard.
Car la lecture c’est ça : faire briller, en soi, les astres dévoilés.
Un instant, à jamais.
Simonetta Greggio, romancière, membre de la commission de l’écrit de la Scam


Essayiste, fondateur de la « critique interventionniste », Pierre Bayard est professeur de littérature française à Paris VIII et psychanalyste.
Dans son approche critique des textes, il met en place un dispositif d’analyse anticonformiste et s’en sert comme base de réflexion théorique ou critique approfondie.
En 2009, il illustre l’impossibilité logique qu’est le plagiat par anticipation dans un livre homonyme et dans lequel il déploie un discours sur la modernité de certains auteurs qui se voient très paradoxalement accusés de plagiat. Comment parler des faits qui ne se sont pas produits est le troisième volume d’un cycle publié aux éditions de Minuit, qui comprend également Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ( 2007) ? et Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? (2012).

Pierre Bayard a été nommé membre senior de l’Institut universitaire de France en 2009.

Hélène et les cavales par Catherine Clément, écrivaine

La première fois que je l’ai rencontrée, elle portait un minishort à la dernière mode, elle était professeur à Vincennes, elle ressemblait à une Néfertiti casquée de cheveux noirs très courts, jamais je n’avais vu humaine plus fabuleuse et par-dessus le marché, elle était lauréate du prix Médicis pour Dedans, texte plein de son père, le docteur Georges Cixous, mort trop tôt. J’aurais pu rentrer sous terre tant elle était intimidante, mais non, je suis entrée dans son univers comme une cousine venue d’un peu plus loin.

Tout compte dans la première impression. La mode: Sonia Rykiel en fit son égérie, petite tête long corps célébration des femmes, et ses livres en vitrine à Saint-Germain-des-Prés. L’Université de Vincennes : dès l’été 68, le nom d’Hélène courait de bouche en bouche, elle aurait profité du dernier bazar de juin  pour poser les fondements d’une université idéale tolérée par le ministre Edgar Faure, un malin, elle mettait tout en place et miracle, c’était vrai. Néfertiti : Hélène n’est pas d’ici, elle est née au soleil, si ce n’est de l’Égypte, ce n’en est pas très loin, sous le soleil d’Oran. Lauréate du prix Médicis et professeur titulaire et une thèse de doctorat précocement soutenue, et etc : une surdouée ? Plus que ça. Un génie.

D’où venait le cousinage ? Hélène est fille d’ashkénaze et de séfarade, et dans ma parenté, je dispose d’un grand-père ashkénaze né à Bakou, mort à Auschwitz. Nous avions deux enfants des mêmes âges à qui je taillais des costumes de conte de fées, et je crois que c’est tout. Je n’avais encore écrit aucun roman, je n’étais pas féministe, et voilà qu’un peu plus tard, elle m’embarquait à Vincennes et nous écrivions un livre ensemble, La Jeune Née, dans une collection que nous dirigions chez 10 /18, Féminin futur. Réédité sous son seul nom, Sorties, son texte dans notre livre, est devenu un classique des études féministes anglo-saxonnes, comme aussi Le Rire de la Méduse, un texte que je lui avais demandé pour le numéro de l’Arc sur Simone de Beauvoir. Car outre-Atlantique, pour avoir inventé l’écriture féminine et fondé à Vincennes le premier département français d’Etudes féminines, Hélène est une icône.

L’icône a publié avec exactitude un texte par an, écrit l’été à Arcachon. Des romans ? Je ne dirai pas cela. Hélène raconte la vie. En inventant des mots qui n’avaient pas vu le jour, en glissant de dialogue en poème, de poème en éclats de rire, elle retourne la mort comme un gant et en fait un gâteau au miel. Hélène sait inverser. Regardez la couverture de Souffles, publié en 1975 par Antoinette Fouque aux Éditions des femmes, début d’une longue habitude éditoriale relayée à partir de 2000 par Michel Delorme, fondateur des éditions Galilée. Vous croyez voir une femme qui s’envole, pas du tout, c’est le chef d’œuvre de Füssli, Le Cauchemar, qu’Hélène a retourné. Avec elle, la Méduse rit, la femme écrasée par un démon s’envole, l’écriture se libère du joug de l’orthographe, même le malheur relève de la vie. Ses livre récents, Eve s’évade : la ruine et la vie, et Homère est morte, raconte par le menu, d’une écriture fidèle et drôle, la lente transformation d’Eve Klein, épouse Cixous, sa mère ashkénaze, dérivant sur un lit-barque au fil des ans, morte en  juin 2013 chez sa fille, à 103 ans.

Je revois encore Eve sautiller dans les rues de Prague à 83 ans, remise d’une maladie mortelle parce qu’Hélène avait décidé que sa mère vivrait. Comme elle ne distingue pas entre les vivants, Hélène sauve aussi ses chats et elle a la main verte. Tout pour la vie.

Avec les créateurs, Hélène tisse leurs desseins, qu’on peut écrire dessins. Ce fut le cas avec le peintre Simon Hantaï, c’est aujourd’hui le cas avec le sculpteur Adel Abdessemed, né à Batna, avec lequel elle a écrit Insurrections de la poussière et Ayaï ! Le cri de la littérature. Mais quand il s’agit de desseins, au cœur d’Hélène s’est inscrit le nom de Jacques Derrida, son alter ego philosophe, né à Alger, dont elle tire le portrait « en jeune saint juif » en 2001, et avec qui elle écrit Voiles. Les artistes la cherchent, elle ne dit pas toujours oui, mais elle ne se trompe pas : c’est ainsi que commença son travail d’auteur dramatique avec le metteur en scène Daniel Mesguich, né à Alger. Vous avez remarqué cette obstination à élire les natifs d’Algérie ? C’est qu’ils ont en commun l’exil, la perte du soleil, et une étrange capacité à troubler les codes de « la métropole » : Jacques Derrida en forgeant le concept de « différance », Adel Abdessemed en forçant l’œil à reconnaître, dans la statue d’une fillette en ivoire immaculé – une gamine nue qui court les bras levés et crie -, la célèbre petite fille hurlante photographiée sur une route du Vietnam incendiée au napalm ; Daniel Mesguich en dédoublant et « truquant » les personnages de théâtre qui naissent d’autant de livres. Ces exilés ont l’écriture au corps, tous, leurs corps venus d’Algérie. Mais ce choix n’est pas systématique, puisqu’Hélène écrit pour  les comédiens du Théâtre du Soleil et leur metteure en scène Ariane Mnouchkine (née à Boulogne-Billancourt). On se tromperait en pensant qu’elle leur écrit des pièces de théâtre-point-final. Non, Hélène est au travail dans les répétitions, taillant et surfilant son texte selon l’évolution de la mise en scène. Sa mère Eve était sage-femme ; ainsi Hélène fait-elle l’accoucheuse au théâtre.

Je me souviens avoir assisté à une représentation de L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge alors qu’il était assis à deux pas ; devant le spectacle de ses enfants massacrés par les Khmers rouges, la princesse Monique, sa femme, pleurait en silence. La vie, la mort, le théâtre et à nouveau la vie. Un jour, je ne sais pourquoi, je lui ai écrit qu’elle était une mystique moderne. Elle m’a simplement répondu « Oui, je le suis ». Tout le monde sait qu’il existe des mystiques sans Dieu, mais nous n’avons pas appris à les identifier. Il m’aura fallu quarante ans pour reconnaître en Cixous l’écriture d’une mystique. Elle en a la jubilation, la force, la drôlerie et surtout, la joie d’attendre et de savoir venue l’heure des cavales qu’elle s’en va chevaucher. Telles sont ses divinités : des cavales ensauvageant sa plume quand elle est hors d’elle-même. Tôt le matin, avant le lever du jour.

Vous allez dire que j’exagère : un génie, une mystique… Que voulez-vous, j’aime admirer. Lorsqu’ il s’agit d’une femme admirable, ce serait bête de se priver de ce si grand plaisir. D’ailleurs elle n’a guère changé. Le casque de Néfertiti a blanchi ; l’icône a souvent froid, elle s’emmitoufle ; mais les cavales de ses désirs se précipitent toujours vers elle au point du jour.


Hélène Cixous est née le 5 juin 1937 en Algérie. Agrégée d’anglais et docteur d’État, elle est chargée en 1968 de la création de l’Université Expérimentale de Paris 8 – Vincennes, où elle enseigne jusqu’en 2005. En 1974, elle y institue le premier doctorat en Études Féminines. Depuis 1983, elle tient un séminaire au Collège International de Philosophie.
L’écriture est au cœur de sa pratique. Depuis 1967, elle a publié une soixantaine de fictions et essais. Elle est également auteur de théâtre. Hélène Cixous a reçu, entre autres, le Prix Médicis pour Dedans (Grasset) en 1969 et le Prix Marguerite Duras pour Homère est morte (Galilée) en 2014. Elle a collaboré et entretenu des amitiés avec de nombreux artistes et intellectuels tels que Pierre Alechinsky, Jacques Derrida, Daniel Mesguich, Ariane Mnouchkine entre autres.

Lire l’article d’Astérisque 56 sur Hélène Cixous

Bibliographie (extraits)

Récits et essais :
Dedans, Grasset, 1969
La Jeune née, en collaboration avec Catherine Clément, Christian Bourgois, 1975
OR, les lettres de mon père, éditions des Femmes, 1997
Voiles, avec Jacques Derrida, éditions Galilée, 1998
Les Rêveries de la femme sauvage, éditions Galilée, 2000
Portrait de Jacques Derrida en Jeune Saint Juif, éditions Galilée, 2001
Le Tablier de Simon Hantaï, éditions Galilée, 2005
Le Rire de la Méduse et autres textes, éditions Galilée, 2010
Gare d’Osnabrück à Jérusalem, éditions Galilée, 2016

Théâtre :
Portrait de Dora, éditions des Femmes, 1975
L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, Théâtre du Soleil, 1985
L’Indiade ou l’Inde de leurs rêves, Théâtre du Soleil, 1987
Tambours sur la digue, Théâtre du Soleil, 1999
Les Naufragés du Fol Espoir, Théâtre du Soleil, 2010

Marie NDiaye par Colette Fellous
Entretien avec Marie NDiaye par Nelly Kaprièlian

Le goût de la solitude, de la liberté et des grandes aventures du langage

Il y a de la magie dans l’œuvre de Marie NDiaye, le
réel vacille parfois et à force de l’observer, on y
découvre des cercles invisibles qui vont nous mener
peu à peu au cœur des choses, au cœur de ce qu’on
ne savait pas regarder, ou de ce qu’on avait regardé
distraitement.
Des fantômes peuvent alors apparaître,
des êtres somnambules, des personnages comme
issus de contes anciens ou de mythes, mais aussi des couleurs, des paysages, des noms étranges, des
ambiances, des faits divers.
C’est cela la voix
singulière de Marie NDiaye dans le paysage littéraire
contemporain.
Une voix apparemment calme,
sereine, patiente, tranquille qui va pourtant bousculer
tout ce qu’elle touche (d’une phrase qui devient de
plus en plus sobre) et le rendre merveilleux,
légèrement décalé, toujours secret et profond.
La
magie comme la littérature est faite pour montrer les
facettes moins visibles et moins accessibles du réel.

On dirait que c’est à cela que s’est toujours attachée à
chercher Marie NDiaye, et depuis son premier livre
publié à dix-sept ans par Jérôme Lindon, aux Éditions
de Minuit : Quant au riche avenir. Un titre qui ne
croyait pas si bien dire, surtout lorsque l’on sait que
Marie avait déjà écrit huit ou dix romans
précédemment, depuis ses dix ans et qu’elle était sûre
d’en écrire bien d’autres.
Aujourd’hui, c’est avec joie
que le jury du Prix Marguerite Yourcenar 2020,
orchestré par la Scam, a choisi de couronner son œuvre qui aurait été certainement appréciée par
Marguerite Yourcenar, ayant toutes deux en commun
le goût de la solitude, de la liberté et des grandes
aventures du langage.

Colette Fellous, membre du jury


Entretien avec Marie NDiaye par Nelly Kaprièlian