Augustin Trapenard reçoit le Prix Philippe Caloni 2018 du meilleur intervieweur de l'année

Publié le mardi 19 février 2019


image crédit photo : 2019 Prix Philippe Caloni / P.Falour

Pour la douzième édition du Prix, le Jury a tenu à distinguer Augustin Trapenard pour son art de l'entretien culturel dans Boomerang, qu'il assure en direct du lundi au vendredi à 9h sur France Inter. Découvrez l'entretien exclusif d'Augustin Trapenard par Elizabeth Martichoux, lauréate 2017 et membre du jury 2018

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Le jury 2018 du Prix Philippe Caloni, présidé par Jean-Noël Jeanneney, était composé de Thierry Ardisson (lauréat 2016), Jean-Jacques Bourdin (lauréat 2010), Edouard-Vincent Caloni (Président du Prix Philippe Caloni / Association Périculture), Thierry Demaizière (lauréat 2014), Nicolas Demorand (lauréat 2009), Jacques Esnous (Directeur de l'information de RTL), Anne-Sophie Lapix (lauréate 2012), Emmanuel Laurentin (lauréat 2008), Elizabeth Martichoux (lauréate 2017), Emmanuel Moreau (journaliste, membre de la commission radio de la Scam), Léa Salamé (lauréate 2015), Frédéric Taddeï (lauréat 2007) et Marc Voinchet (lauréat 2013).

« Je suis très fier de recevoir ce prix Philippe Caloni, surtout pour une interview culturelle, et une interview d'artiste. Parce que Philippe Caloni était aussi un intervieweur d'artistes. Il a interviewé notamment Maria Callas, et je me souviens avoir entendu cette magnifique interview, jeune. L'interview culturelle et l'interview d'artistes, on a tendance à les mettre un petit peu de côté, alors que ce sont des constructions complexes, un travail, et je suis fier aujourd'hui qu'on le reconnaisse. »
Augustin Trapenard


L'intervieweur interviewé



Extraits de l'entretien exclusif entre Augustin Trapenard et Elizabeth Martichoux.

EM : Bravo ! Évidemment, Bravo ! Dites-moi, quand Jean-Noël Jeanneney vous appelle, vous êtes peut-être dans la rue, je ne sais pas. Il vous dit cela, vous êtes le meilleur intervieweur de l'année. Dites-moi ce qui vous vient tout de suite à l'esprit et peut-être aussi au cœur, en fait ?

A.T. : Je vais vous dire, je suis en train de lire, je suis dans mon bureau, et je suis extrêmement ému quand que je reçois ce coup de téléphone. Ému, parce que c'est le Prix Caloni et que Philippe Caloni était un grand intervieweur d'artistes. Il a interviewé notamment Maria Callas, et j'ai entendu cette interview quand j'étais petit, et c'est un grand honneur pour moi de recevoir ce prix parce que c'est typiquement le type d'artiste que j'aurais aimé recevoir un jour. Ému aussi, parce que c'est une interview non seulement culturelle, mais une interview d'artiste qui est récompensée. C'est un type d'interview que l'on a tendance à mettre un petit peu de côté, souvent. Elle n'est pas aussi prestigieuse, vous le savez, que l'interview politique, et pourtant c'est une construction extrêmement complexe.

E.M. : Augustin Trapenard, c'est quoi un bon entretien ? Je ne vous dis pas une rencontre qui vous a marqué dans votre vie de journaliste culturel. Un entretien où vous êtes sorti de là en disant : « Oh, j'ai été bon, j'ai réussi quelque chose. »
C'est quoi ?

A.T. : Un bon entretien d'artiste, ça je vous dirai parce que c'est ce que je fais, c'est une parole qui se libère ou qui se délivre, et ce n'est pas évident parce que la parole de l'artiste, - moi, c'est celle qui m'intéresse et qui m'interroge le plus - elle est trébuchante, elle est tremblante, elle est heurtée, elle est à l'opposé de la parole du journaliste, du politique ou de l'expert que vous, vous connaissez. C'est une parole qu'il faut faire surgir. Si vous voulez, moi, mon enjeu en tant qu'intervieweur, c'est de faire en sorte qu'il y ait du sens, qu'il y ait de la profondeur, qu'il y ait de l'humeur aussi, et qu'une personnalité puisse surgir de langage puisqu'il s'agit ici une interview radiophonique.
Que par cette voix, qu'il n'est pas aisé de faire surgir, on rencontre quelqu'un.

E.M : Vous avez un modèle d'ailleurs d'intervieweur ?

A.T. : Je dois dire que Philippe Caloni est un modèle, à plein d'endroits. C'était un temps où la radio pouvait être longue. Cette interview de Maria Callas, dont je vous parlais au début, elle durait énormément de temps. Aujourd'hui on a tendance à tout réduire. Une interview culturelle c'est quatre, cinq minutes. Mais face à la parole heurtée, dont on parlait de l'artiste, c'est impossible une interview de quatre minutes. Ou alors on dit, voilà votre dernière œuvre et elle est très bien !
Pour rencontrer l'artiste, il faut du temps, il faut de la profondeur. Et je pense que l'immense pari de France Inter – et ce sont eux qui devraient recevoir le Prix Caloni -, c'est laisser ce temps-là à une heure de très grande écoute, à 9h, une demi-heure de parole avec un artiste, qui n'est pas séquencé... où on peut rentrer à l'intérieur d'une pensée, d'une émotion, d'une personnalité.

E.M : Quand on regarde votre Wikipedia, on voit (je vous le signale) : Journaliste culturel. Autres activités : journaliste. Vous êtes d'abord un homme de culture, compte tenu de votre formation, et secondairement journaliste ? Comment vous balancez cela ?

A.T. : Je pense que le terme de journaliste doit être défini. Aujourd'hui on a l'impression, -et on voit la défiance qu'il y a vis-à-vis des journalistes-, qu'il y a toujours un même type de journalisme. Alors que vous le savez, c'est un métier extrêmement large. Le journalisme culturel, il faut le défendre.
Souvent on a l'impression que ce sont des gens qui viennent d'ailleurs, qui n'ont pas eu de formation, d'ailleurs. On le met un petit peu à droite, à gauche, on y arrive par hasard. C'est un journalisme curieux, c'est un journalisme de sélection... C'est un journalisme qui est aussi un travail : l'art de l'interview, ce n'est pas n'importe quoi.
Chez moi, cela prend des formes très précises : C'est à dire varier les questions ouvertes et les questions fermées. Donner du rythme, là où il n'y en a plus. Faire surgir un moment d'émotion, à un moment donné, en faisant redescendre ma voix. Il y a vraiment tout un art, si vous voulez, de l'interview qu'il faut savoir maîtriser. Ça, cela s'apprend.


À propos d'Augustin Trapenard

Normalien, agrégé d’anglais, Augustin Trapenard est passé par l'Université de Berkeley, en Californie, avant d'enseigner la littérature anglaise et américaine à l’École Normale Supérieure de Lyon. Il a notamment collaboré à Elle et au Magazine Littéraire, incarné la littérature sur Radio Nova et France 24, et participé au "Grand Journal" de Canal Plus pendant cinq ans. À la radio, il a tenu pendant trois ans le magazine littéraire de France Culture, "Le Carnet d'Or", avant de rejoindre, en septembre 2014, les matins de France Inter où il produit et anime "Boomerang", le rendez-vous culturel de 9h10, du lundi au vendredi. Il est également, depuis deux ans, aux manettes de l’émission littéraire de Canal Plus, « 21cm », et de l’émission de critique cinéma Le Cercle, chaque semaine. Il vit et travaille à Paris.

A propos du Prix Philippe Caloni

Le Prix Philippe Caloni, récompensant le meilleur intervieweur de l'année, est une distinction française de journalisme créée en 2007 par Marie-Françoise Caloni et ses enfants, en l'honneur du journaliste Philippe Caloni (1940-2003). La Société civile des auteurs multimedia (Scam) en est le partenaire.
Le prix est destiné à « un(e) journaliste ayant fait preuve de talent et d’éclectisme, en particulier dans l’exercice de l’interview ou de l’entretien ».
Le prix est animé par l’association Périculture - Prix Philippe Caloni, fondée à cet effet, et soutenu par la Scam (Société civile des auteurs multimedia).


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