Les représentants des créateurs et des professionnels de l’audiovisuel et du cinéma appellent le gouvernement à revenir sur la suppression de France 4, comme le préconise la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale.

Monsieur le Premier Ministre,

La publication ces derniers jours du rapport de la mission flash de la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, sous l’égide des députés Béatrice Piron et Maxime Minot, et consacré à l’offre de programmes jeunesse de l’audiovisuel public, marque un signal clair et fort en faveur du maintien de France 4 au sein de l’offre hertzienne de France Télévisions. 

Nous espérons naturellement que vous saurez entendre cet appel qui a réuni les députés 
au-delà de leurs appartenances partisanes et qui prend la suite des voix multiples de psychologues et défenseurs des droits des enfants, des élus locaux, de parlementaires, de créateurs et de professionnels de l’audiovisuel et du cinéma ayant déjà souligné les risques et les dangers de la suppression de la seule chaîne dédiée à la jeunesse du service public.

Nous l’espérons car la représentation nationale a su exposer dans son rapport toutes les 
raisons pour lesquelles la fermeture de France 4, annoncée en juin 2018 et reportée au mois d‘août 2021, serait une lourde erreur qui affaiblirait l’offre de l’audiovisuel public à destination de la jeunesse et compromettrait l’accessibilité de ses programmes au jeune public sans d’ailleurs dégager véritablement d’économies budgétaires.

La motivation ne semble pas plus devoir être cherchée du côté de l’évolution des usages. Si 
l’accès délinéarisé aux œuvres et aux programmes se développe fortement, il n’en reste pas moins que la télévision en linéaire demeure prépondérante dans la consommation audiovisuelle des enfants les plus jeunes et de leurs aînés. L’ignorer serait organiser la raréfaction de l’offre à destination de la jeunesse par le service public tout en favorisant les chaînes privées, et en particulier M6 qui a récemment racheté Gulli, et les géants de l’Internet. 

L’ignorer serait aussi aller à rebours de tous les grands services publics audiovisuels qui nous 
entourent en Europe. Chacun d’entre eux conserve au moins un canal dédié à la jeunesse et parfois même plusieurs. D'ailleurs, confrontée à l’échec de la transformation de sa chaîne BBC3 en plateforme numérique il y a quelques années et à la fuite massive des jeunes qu’elle a occasionnée, la BBC vient d’annoncer le retour en linéaire de sa chaîne en janvier 2022 pour renouer le contact avec la jeunesse. La comparaison européenne nous enseigne également que l’avenir n’est certainement pas au recul ou au démantèlement de l’offre jeunesse hertzienne du service public ni au statu-quo mais bien à la construction d’une politique qui associe une forte présence sur le linéaire et, de manière complémentaire, des développements nombreux sur le non-linéaire. 

Le maintien d’une chaîne hertzienne consacrée à la jeunesse est également un acte 
profondément républicain. L’offre hertzienne est aujourd’hui la seule à pouvoir garantir un accès égal de tous les jeunes de ce pays au service public, gratuitement et où qu’ils se trouvent sur le territoire français alors que les fractures numériques et sociales restent malheureusement une réalité. Dans la période de crise sanitaire que nous vivons, et alors que France 4 a démontré de façon indiscutable son utilité à l’occasion du confinement, aller au bout de la démarche de suppression de France 4 serait incompréhensible. 

En tant que représentant des créateurs et des professionnels de l’audiovisuel et du cinéma, 
nous souhaitons vous alerter, au même titre que les députés, sur les risques que la disparition de France 4 ferait peser sur la cohérence de l’offre éditoriale de France Télévisions. C’est notamment le cas pour France 5 et ses documentaires et magazines mais aussi pour les jeux et émissions culturelles de France 2 et France 3. C’est la capacité du groupe public à être en mesure de tenir l’ensemble des engagements qu’elle a pris, à l’égard de la fiction, du cinéma, du documentaire de création, de l’animation, de l’Outre-mer, ou des sports féminins qui est remise en cause. 

En se privant de France 4, on crée les conditions d’un chaos certain qui affaiblira non 
seulement l’offre de France Télévisions et sa lisibilité pour les téléspectateurs avec des grilles de programmes profondément revues mais aussi la visibilité de la création audiovisuelle et cinématographique française, qui sera amenée à être réduite sur les antennes du groupe public.

Au regard de l’ensemble des conséquences négatives pour la jeunesse, pour l’audiovisuel public, pour la création et la production d’un tel projet de fermeture de France 4, dont aucun bénéfice n’est attendu, nous espérons que votre gouvernement saura revenir sur cette décision, non pas pour se résigner à ne rien changer, mais au contraire pour conforter l’audiovisuel public dans sa capacité à s’adresser à la jeunesse, en garantir l’accès à tous et constituer une offre puissante tant hertzienne que numérique de nature à mettre en valeur et exposer la diversité de la création française. 

Croyant que vous serez sensible à ces orientations fortes pour le service public de l’audiovisuel,  nous vous prions de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de notre haute considération.


Les signataires : l'AGrAF, AnimFrance, le Cofrade, la Fédération des Métiers du Scénario, la GARRD, la Guilde des Scénaristes, la SACD, le SATEV, la SCAM, SCA, le SEDPA, la SRF, le SPECT, le SPI, l'U2R, l'USPA

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