Emprisonné à Téhéran depuis six mois et condamné à une peine de six ans de prison pour « participation à des rassemblements et propagande contre le système » le cinéaste iranien est en grève de la faim. Ses proches sont extrêmement préoccupés par un état de santé qui se dégrade très rapidement.

Caméra d’or à Cannes en 1995, Ours d’Or à Berlin en 2018 pour Taxi Téhéran et lauréat l’année dernière du prix spécial du jury à la Mostra de Venise avec Aucun Ours, Jafar Panahi est un immense cinéaste. Il est victime de la répression d’un régime qui s’asseoit sur ses propres lois. Aux termes-même d’une décision de la cour suprême iranienne, il aurait dû être remis en liberté il y a plusieurs jours.

L’arbitraire dont Panahi est victime contribue à anéantir des décennies d’émergence du cinéma iranien qui tant en documentaire qu’en fiction, s’inscrit comme l’un des plus inventifs du monde.

Les 50 000 autrices et auteurs de la Scam tous répertoires confondus, et au premier chef tous ses membres cinéastes mais aussi journalistes et gens de radio sont à ses côtés.

Contact presse

astrid Lockhart – astrid.lockhart@scam.fr

AnimFrance, le SATEV, la SCAM, le SEDPA, le SPECT, l’USPA et le Groupe M6 sont heureux d’annoncer la signature d’un accord qui renforce les engagements du Groupe M6 en matière de production audiovisuelle française et européenne.

Cet accord avec les organisations professionnelles de l’audiovisuel réaffirme l’attachement du Groupe M6 au maintien d’une diversité des producteurs représentée à l’antenne et d’une diversité de genres, de formats et d’écritures, au service de la création et de l’émergence des talents.

Cet accord interprofessionnel, qui inclut l’ensemble des éditeurs de services de télévision et de médias audiovisuels à la demande du Groupe M6, prévoit notamment :

  • Un investissement pour M6 de 15% du chiffre d’affaires consacré à la production d’œuvres audiovisuelles européennes ou d’expression originale française, dont une part dédiée aux œuvres indépendantes portée à 70% ;
  • Un taux d’investissement patrimonial pour M6 porté à 11,5% du chiffre d’affaires dont 74% en faveur d’œuvres indépendantes ;
  • Un nouvel engagement en faveur du documentaire de création (1,35% du chiffre d’affaires du Groupe M6 entièrement dédié à des œuvres indépendantes) ;
  • Un engagement étendu en faveur de l’animation (1,3% du chiffre d’affaires du Groupe M6 dont 74% dédié à des œuvres indépendantes) ;
  • Un investissement désormais identique de 75% dans la production inédite tant en matière d’œuvres audiovisuelles que patrimoniales (Groupe M6).

Ainsi, dès 2023, le Groupe M6 renforce sa position de partenaire privilégié du documentaire de création et de l’animation en consacrant plus de 11% de son obligation patrimoniale dans chacun de ces genres.

Avec cet accord, le Groupe M6 et les organisations professionnelles de l’audiovisuel confirment leur volonté de travailler dans un climat de confiance avec l’ambition de s’adapter aux nouveaux enjeux du secteur audiovisuel français et de soutenir la diversité de la création audiovisuelle.

Contact presse
Scam – Astrid Lockhart – astrid.lockhart@scam.fr

Décerné par la Commission des écritures et formes émergentes de la Scam, le prix Nouvelles Écritures a été remis au Fipadoc à Thierry Loa pour 21-22 China, le premier film d’une série en 360 VR époustouflante.

21-22 China
de Thierry Loa

Nous vivons à l’époque anthropocène marquée par l’impact de l’humain sur la planète : un voyage méditatif immersif qui fait découvrir une Chine où l’urbanisation rapide, le développement industriel majeur et les changements massifs transforment la topographie.

En nous proposant une expérience vertigineuse de réalité virtuelle, 21-22 China nous immerge dans une démonstration implacable sur la transformation d’un territoire par les activités humaines.

Avec une composition sonore subtile, et sans un mot de commentaire, l’œuvre révèle les paysages naturels, industriels et urbains avec la même grâce esthétique et nous permet de ressentir et comprendre les effets de nos actions sur la planète.

Le jury a également souhaité récompenser la démarche globale de Thierry Loa, qui s’est lancé dans un état des lieux clinique et visuel de ce que l’on appelle désormais l’anthropocène.

Le Jury : Pascal Goblot - Claudia Marschal - Marianne Rigaux

Thierry Loa est un cinéaste interdisciplinaire et un créateur de contenu pour les nouveaux médias. Ayant étudié le multimédia, la philosophie, le cinéma et la géographie, il a exploré et travaillé dans diverses disciplines visuelles et médiatiques, sur une gamme variée et mixte de projets tels que des installations vidéo, des films, de l’interactif et de la photographie.
Découvrez l’ensemble de ses œuvres  www.doctorhello.net

Le jury était composé des membres de la Commission des écritures et formes émergentes de la Scam : Claudia Marschal, autrice, réalisatrice – Pascal Goblot, documentariste, vidéaste  – Marianne Rigaux, autrice, réalisatrice.

Jean Daive, lauréat du Prix de l’ensemble de l’œuvre sonore de la Scam 2022, est l’une de ces voix que l’on garde en tête, une fois le poste éteint. Homme de radio, mais aussi écrivain, poète, « encyclopédiste, reporter et photographe », comme il aime à se présenter, son œuvre singulière résiste à toute forme d’enfermement.

Quand en 1975 Jean Daive entre à France Culture où “lui est révélée la matière vivante quasi fusionnelle de la parole”, l’ORTF vient d’éclater. Parmi les innovations de la nouvelle grille des programmes composée sous la direction d’Yves Jaigu : Poésie ininterrompue, une émission dont le titre a été imposé par Alain Trutat, ancien secrétaire de Paul Éluard qui, après avoir été un grand réalisateur, était devenu un des principaux conseillers de programmes de la chaîne (nous lui devons entre autres l’Atelier de Création Radiophonique en 1969).

Poésie ininterrompue, coordonné par Claude Royet-Journoud, proposait d’écouter un ou une poète, lisant des textes de son choix par tranches de cinq minutes (à 7 h 02, 14 h, 19 h 55 et 23 h 50 du lundi au samedi) avant de s’entretenir le dimanche à 20 h pendant quarante minutes avec un ou une de ses pairs. Après avoir officié deux fois en tant que présentateur et intervieweur, Jean Daive en a été le neuvième invité.

Je m’en souviens car cette année-là, j’ai commencé à écouter France Culture avec attention. Étudiant en deuxième année d’architecture et arts plastiques aux Beaux-Arts de Paris, j’entendais des voix, le soir, dans ma petite chambre envahie de livres et de dessins, sans toujours retenir les noms des locuteurs. Mais comme sur le chemin de l’école, j’avais trouvé par hasard dans une petite librairie bien achalandée Fut bâti de Jean Daive (Gallimard, 1973), ce nom d’écrivain ne m’était pas inconnu quand le timbre de sa voix a discrètement surgi du transistor à piles.

Jean Daive dont je me souviens des silences, et d’une certaine lenteur s’accordant parfaitement aux domaines qui, en dehors de l’écriture poétique que je me suis toujours refusé de pratiquer, pouvaient tisser des liens entre nous : ceux de l’image et du son.

Christian Rosset

J’avais tout juste 19 ans, et j’ignorais qu’avant la fin de l’automne, je deviendrais à mon tour producteur délégué à France Culture, tout d’abord à L’Atelier de Création Radiophonique (ou ACR), puis simultanément dans divers espaces de création comme les Nuits magnétiques où j’ai pu assez rapidement échanger hors micro avec les nombreux écrivains, le plus souvent poètes, qui y travaillaient – ce qui était le cas de Jean Daive dont je me souviens des silences, et d’une certaine lenteur s’accordant parfaitement aux domaines qui, en dehors de l’écriture poétique que je me suis toujours refusé de pratiquer, pouvaient tisser des liens entre nous : ceux de l’image et du son, de manière bien plus étendue que ce qui était privilégié par ma double formation de musicien et d’artiste visuel.

Entre enfance fiévreuse et écoute hallucinée

Avant de continuer à retracer ce singulier parcours radiophonique, il me faut apporter quelques précisions d’ordre biographique. Né le 13 mai 1941 à Bon-Secours, bourg frontalier du Nord, Jean Daive dit avoir eu une “enfance fiévreuse” où, au bord de l’autisme, il “découvre la musique, la peinture, le poème.” “Il aime les dictionnaires où il trouve – en même temps – une réalité et une utopie.” Il se décrit en “enfant du placard” faisant “l’expérience de l’écoute hallucinée : du moindre bruit, de la moindre syllabe identifiable”.

En 1967, alors qu’il atteint les 26 ans, un long poème, Décimale blanche, est en partie publié dans le n° 2 de L’Éphémère chez Maeght, puis en volume aux éditions du Mercure de France. Bientôt traduit en allemand par le poète Paul Celan, que lui-même traduit en français, c’est un livre “précurseur”, paru quatre ans avant État d’Anne-Marie Albiach (avec qui il s’entretiendra à cinq reprises), cinq avant Le Renversement de Claude Royet-Journoud et sept avant Répétition sur les amas d’Alain Veinstein (avec qui il sera associé à l’aventure des Nuits magnétiques). Ces quatre noms, auxquels il faudrait ajouter quelques autres, forment une constellation novatrice et vivante en ces temps où les jeux n’étaient pas faits.

En 1976, Le Jeu des séries scéniques, dans la collection “Textes” que dirige Paul Otchakovsky-Laurens chez Flammarion, me sidère par la puissance singulière de son écriture, tandis que la voix de l’auteur gagne chaque jour en présence sur les ondes. On ne fera pas la liste de tous les titres des livres de Jean Daive (il y en a aujourd’hui près d’une cinquantaine) ou de ses émissions de radio (son nom revient environ deux mille fois sur le répertoire d’Ina Mediapro).

Comment se trament le temps consacré à l’écriture et le temps libre, un temps ouvert à la rencontre, temps de l’écoute, de la chance, de l’accident, de l’imprévisible. 

Jean Daive

On préférera relever à quel point ces activités d’écrivain et d’auteur radiophonique sont solidaires. Et qu’elles n’ont cessé de s’enrichir en se frottant à d’autres pratiques, ponctuelles ou plus secrètes. Jean Daive se présente parfois en encyclopédiste, reporter – qui, pour reprendre ses propres mots, “a très tôt perçu que la parole est le lieu où l’instant se transforme en enquête vivante” – et photographe. Ou encore en grand voyageur, Nagra en bandoulière, à la rencontre aussi bien d’artistes insaisissables, sinon par ruse, que d’inconnus croisés aux nombreux carrefours du Pays d’ici et d’ailleurs. Et de fantômes : de disparu(e)s, non sans laisser de traces.

Homme de regard et homme d’écoute

Pour bien comprendre cette déambulation d’un lieu à l’autre, il faut éclairer ce curieux statut de “producteur tournant” accordé à certains d’entre nous, désireux de faire un pas de côté, plutôt que de s’enferrer dans la répétition du convenu. Avant que la radio ne passe à l’ère du numérique, cette chaîne pouvait se montrer favorable à diverses formes de déplacement, à la recherche d’imprévu.

“Tournant” signifiait “non assujetti à une case de la grille” : libre de changer de sujet, comme de format, passant du modus operandi le plus simple au plus complexe, sans hiérarchie. Ainsi pouvait-on, jour après jour, creuser son sillon, dans une continuité tissée de discontinuité, ce qui ne pouvait que convenir à des écrivains, des artistes, des musiciens non journalistes et non professeurs : généralistes du langage comme l’a proposé avec humour Claude Ollier, hantés par l’idée de faire surgir ce qui se trouve à la frontière entre plusieurs domaines et refusant de cultiver en spécialiste tel ou tel genre où règne l’entre-soi.

Impossible d’enfermer le travail de Daive dans une case quelconque, tant l’homme de regard s’accorde à l’homme d’écoute, attentif aux voix, aux respirations et au silence. Il est de ceux, pas si nombreux, qui ont su faire passer quelque chose de l’image par le son. On lui doit, aux Nuits magnétiques, la création d’une séquence titrée Peinture fraîche – intitulé qu’il reprendra en 1997, quand France Culture lui confiera un magazine hebdomadaire des arts visuels, dont il déroulera nombre d’épisodes jusqu’en juillet 2009 – une nouvelle direction ayant décidé de supprimer plusieurs émissions produites par des pionniers des Nuits magnétiques.

Il quitte alors l’antenne, convaincu qu’“il s’agit de résister ailleurs plutôt que de survivre ici”. Rappelons certaines émissions auxquelles son nom est attaché : Le Pays d’ici, Le Bon Plaisir, Les Chemins de la connaissance, À voix nue et autres Grands Entretiens (avec Gracq, Borges, Godard, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Ponge, Boltanski, Marguerite Duras, Robert Rauschenberg, etc.), sans oublier les Émissions spéciales de dix heures comme Un rêve américain, Franz Kafka, William Faulkner-Mississipi…

Hommage au collectif d’extracteurs et d’agenceurs du son

Autre chose sur laquelle il nous faut insister : même quand une forte personnalité, de grand solitaire, voire de taiseux, est à l’origine d’un projet, le travail radiophonique dans la Maison Ronde nécessite – exige même – la constitution d’une équipe. Mais si les tâches peuvent être a priori hiérarchisées (chacun devant se tenir à son poste), les auteurs et autrices radiophoniques (signant de manière claire, reconnaissable, l’œuvre achevée) ont toujours contourné cette division du travail en opérant de nombreux échanges avec leurs équipes : écoutes et gestes partagés ; recherche commune de solutions pratiques.

Les émissions “d’essai” comme l’ACR. ou les Nuits magnétiques requièrent la formation, non de rédactions tenues au respect d’une ligne éditoriale, mais d’un collectif d’extracteurs et d’agenceurs du son, les mains dans le cambouis et solidaires.

Quand le Prix de l’ensemble de l’œuvre radiophonique de la Scam lui a été décerné en 2022, Jean Daive a tenu à rendre hommage à celles et à ceux qui ont accompagné son travail, insistant sur l’esprit de résistance qui les unissait : sur leur faculté de tenir tête à ce qui pourrait freiner le mouvement libre de la parole – du récit en devenir.

Raconter le son, comme le son raconte, par un mouvement dialectique, stimulé par des contraintes propres à engendrer une forme et non à en délimiter le contenu.

Christian Rosset

Raconter le son, comme le son raconte, par un mouvement dialectique, stimulé par des contraintes propres à engendrer une forme et non à en délimiter le contenu. Il convient de garder de la place pour ce qui disparaît (ce qui est passé de mode, ou l’éternel méconnu) tout en en trouvant pour ce qui reste sottement méprisé (les diverses contre-cultures).

Jean Daive peut aujourd’hui redonner vie à ses nombreuses archives sonores en les transcrivant, afin de les intégrer à de nouveaux écrits où l’idée de montage demeure centrale, comme ce livre publié par Nous en 2020, Les journées en Arlequin, “qui raconte comment se trament le temps consacré à l’écriture et le temps libre, un temps ouvert à la rencontre, temps de l’écoute, de la chance, de l’accident, de l’imprévisible”. Propos d’homme de radio qui ne manque pas d’emporter avec lui un appareil enregistreur et quelques bandes magnétiques quand il voyage, comme l’écrivain ou le peintre glissent dans leurs poches carnets, gomme et stylos.

Une œuvre comme une force de résistance

Remarquons que les livres de Jean Daive sont pour moitié rassemblés en cycles, dont certains encore inachevés : L’Alphabet de l’enfant (cinq volumes dans la collection “Poésie/Flammarion”), Narration d’équilibre, La Condition d’infini, Trilogie du temps (chacun de ces trois cycles en quatre volumes chez P.O.L), Le Monde encore une fois (trois volumes ; un à la Galerie Jean Fournier et deux à L’Atelier contemporain), auxquels il faut ajouter un dernier, dit “inversé” : Encore une fois le monde, qui rassemble de beaux livres réalisés avec des artistes comme Joerg Ortner, Antoni Tàpies, Jean Le Gac, Jean-Pierre Bertrand ou Jan Voss. Il convient aussi de relever l’importance de son travail de traduction : de l’allemand (Paul Celan), et aussi de l’anglais des USA (Robert Creeley ou Norma Cole).

Et pour finir, noter qu’il a dirigé à cinq reprises depuis 1969 des revues, donc des espaces d’accueil de collectifs en devenir, où, même s’il ne s’y autopublie pas, on sent à chaque page sa présence, voire sa voix. Une des plus récentes, imprimée depuis 2013 en typographie par Éric Pesty, s’intitule K.O.S.H.K.O.N.O.N.G., du nom du lac auprès duquel la poète américaine Lorine Niedecker, compagne de route des objectivistes, a vécu “dans une cabane sans eau et sans électricité”. On revient toujours à la poésie, à l’esprit des lieux, à l’image, de manière sonore, visuelle, mais aussi musicale : ouvertement atonale.

Un souvenir pour finir. Un jour du printemps de l’an 2000, je rencontre par hasard Claude Royet-Journoud attablé à une terrasse de café. Il m’invite à m’asseoir en face de lui. On commence par échanger quelques nouvelles. Au moment précis où il se met à parler de Jean Daive en termes chaleureux, j’aperçois ce dernier entrer dans le champ de vision. Étonnante coïncidence. Comme Daive ne tarde pas à nous rejoindre, je suis témoin de la longue amitié entre les deux hommes – une forme d’amitié qui est l’exact contraire de la connivence : un moteur pour la création et non un signe d’appartenance à une élite. Je me sentais devenir tout à coup comme l’auditeur d’une émission de radio particulièrement vivante où les rencontres se feraient par attraction ; où s’exprimerait une solidarité du vivant ; où l’œil et l’oreille dialogueraient de concert ; où les mots s’accorderaient au silence.

La voix de Jean Daive est de celles que l’on garde en tête, une fois le poste éteint. Et son œuvre, qu’elle soit destinée à la publication sur papier ou à la diffusion par les ondes, entretient en permanence une force de résistance – inactuelle si on veut, mais incitant à une lecture, une écoute, au présent. Je suis certain qu’on ne cessera de la relire et de la réécouter et que de jeunes auteurs et de jeunes autrices la remettront en jeu dans leurs propres travaux.

Christian Rosset est un créateur radiophonique, compositeur de musique. Il est également écrivain et chroniqueur régulier au journal culturel en ligne Diacritik.

La Scam affirme la place singulière des auteurs et des autrices dans la société. Astérisque en est le porte-voix.

Les organisations professionnelles d’auteurs (Scam, Garrd, La Boucle documentaire) et les syndicats de producteurs (Satev, Spect, Spi, Uspa) ont signé aujourd’hui un accord professionnel qui entérine pour la première fois les bases d’une rémunération minimale pour l’écriture d’un projet documentaire.

Cet accord concerne plus précisément l’écriture des dossiers de présentation d’œuvres documentaires. Il consacre le principe d’une rémunération minimale pour les auteurs et autrices de 2 000 € brut dont 1 000 € définitivement acquis quel que soit le financement obtenu auxquels s’ajoutent 1 000 € complémentaires dès lors que le producteur cumule 6 000 € de financement dédié à l’œuvre quelle qu’en soit la provenance (aide CNC automatique ou non, préachat, Procirep, collectivités locales …).

Porté par toutes les organisations représentatives du documentaire, il s’agit du premier accord en faveur d’une rémunération minimale pour l’écriture d’une œuvre audiovisuelle, signé sous l’égide de l’ordonnance du 12 mai 2021 qui transpose la directive du 17 avril 2019.

Il est le fruit d’un dialogue constructif entre tous les intervenants du processus de création d’un documentaire, afin d’améliorer les pratiques dans ce secteur de la production audiovisuelle et de réaffirmer le lien central entre l’auteur et le producteur. Il confirme à ce titre le professionnalisme et le dynamisme qui l’anime au seuil d’une année qui lui sera consacrée.

Les signataires saluent l’engagement du CNC sur ce dossier et se réjouissent de l’entrée en vigueur de cet accord, qui consacre l’attachement de chacune des parties au genre documentaire.

Informations presse

Scam : Astrid Lockhart – astrid.lockhart@scam.fr
Garrd : Perle Schmidt – perle.schmidt-morand@garrd.fr
La Boucle documentaire : Pauline Vasset – courrier@laboucledocumentaire.fr
Satev : Florence Braka – f.braka@ffap.fr
Spect : Vincent Gisbert – vincent@spect.fr
Spi : Emmanuelle Mauger – emauger@lespi.org
Uspa : Jérôme Dechesne – j.dechesne@uspa.fr

 

Annoncée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), l’Année du documentaire 2023 a été lancée ce 23 janvier au FIPADOC en présence de Rima Abdul Malak, ministre de la Culture. Cette année du documentaire est destinée à mettre en lumière la richesse et la créativité de ce genre, à valoriser son patrimoine et à accroître sa visibilité auprès du grand public.

Cette Année du documentaire, dont la Cinémathèque du Documentaire est à l’initiative et à laquelle la Scam est associée au nom des auteurs et autrices, va mobiliser l’ensemble des acteurs du secteur et générer une dynamique collective qui se prolongera au-delà de l’année 2023. Elle est l’occasion de célébrer la grande richesse de cette forme d’expression.

Scientifique, historique, animalier, culturel, musical, social ou encore de découverte et de voyage, le documentaire offre un regard unique sur notre monde et notre société.

Depuis plusieurs années, il rencontre un large public grâce à de nombreux succès en salles comme La Panthère des neiges de Marie Amiguet et Vincent Munier ; Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent ou encore Merci Patron ! de François Ruffin ; ainsi qu’à la télévision avec les succès récents de Nous paysans de Fabien Béziat et Agnès Poirier ou Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan ; ou encore sur les plateformes avec Orelsan­ –Montre jamais ça à personne de Clément Cotentin et Christophe Offenstein. Ces succès, publics et critiques, montrent la vitalité et la diversité des formats et des sujets abordés par les documentaristes.

Tout au long de l’année, à travers les grands rendez-vous du documentaire dans des festivals de cinéma, dans les salles de cinéma et sur les chaînes de télévision avec des programmations spéciales, sur les plateformes de vidéo à la demande, des tables rondes, des masterclass de réalisatrices et réalisateurs internationalement reconnus et les talents de la nouvelle génération, l’Année du documentaire 2023 a l’ambition de faire rayonner le genre auprès du public.

Un appel à labellisation a été lancé pour recenser les manifestations, événements ou toutes initiatives qui mettent en valeur le documentaire. Un site internet, anneedudoc23.org, va regrouper l’ensemble des événements, projections et projets, et va s’enrichir tout au long de l’année.

Les acteurs du documentaire sont pleinement engagés dans cette « Année du documentaire 2023 » pour poursuivre la valorisation des œuvres et l’accompagnement des auteurs et autrices à la rencontre du public sur le territoire.

Cette Année du documentaire sera également l’occasion pour le CNC d’engager des réflexions et des réformes – en lien étroit avec les professionnels – sur les soutiens publics pour répondre aux enjeux d’écriture, de financement et de diffusion du documentaire.

Les ambassadeurs de l’Année du documentaire : Sandrine Bonnaire & Yann Arthus-Bertrand

 « Le documentaire, vecteur de responsabilité.
Un documentaire est un pur constat, il nécessite un œil particulier, avec lui on ne peut pas tricher. Lorsque je réalise un documentaire je m’efface au maximum pour aller chercher quelque chose qu’on ne va pas me donner immédiatement. Le rapport à la distance est très important. On est témoin, lorsqu’on filme, et on doit rester au bon endroit. Un documentaire qui atteint son but ne doit pas être didactique, ni prendre position, c’est au spectateur de se faire son idée. » 

Sandrine Bonnaire, réalisatrice

« Grâce au documentaire, je ne vieillis pas, je grandis.
Plus qu’un artiste, je me définis comme un témoin au service d’un intérêt. En tant que photographe ou comme réalisateur de film, je suis un passeur. L’image est pour moi le meilleur médium pour transmettre l’information et l’émotion. Et le documentaire ajoute une autre dimension : la force des paroles et l’incarnation de la multitude des chemins de vie. Avec tous ces témoignages du monde entier, j’ai pris conscience de ce que ce travail apporte à ma vie personnelle. Grâce au documentaire, je ne vieillis pas, je grandis. » 

Yann Arthus-Bertrand, réalisateur

Mot de la présidente de la Cinémathèque du documentaire et des présidents du CNC, et de la Scam

« La France est depuis l’invention du cinéma un pays où le documentaire a toutes ses lettres de noblesse. Dans un monde où les points de rupture s’exacerbent et où les images deviennent des enjeux de vérité et de démocratie, il apporte une diversité de regards d’auteurs absolument salutaire et indispensable. Il faut qu’ils soient soutenus et vus, c’est l’une des missions du CNC et la raison pour laquelle nous voulions lui donner un maximum de visibilité à travers l’Année du documentaire ! » 

Dominique Boutonnat, Président du CNC

« Le cinéma est né documentaire. Filmer le réel, c’était en effet le premier geste du cinéma, avec le train entrant en gare de la Ciotat, avec les opérateurs des Frères Lumières lancés à travers le monde pour archiver faits et gestes, garder mémoire, et faire découvrir la marche du monde.

Pour reprendre une image de Thierry Garrel, un de ses grands défenseurs à la télévision, le documentaire a été colonisé par la fiction. A la table du cinéma, le documentaire avait sa place mais tout au bout : on mettait une rallonge, excentré. Eh oui on pensait qu’il était une péninsule du cinéma, alors qu’on comprend enfin que c’est un continent tout entier !  

Ce miroir aux brillantes facettes, cet art majeur et protéiforme, méritait qu’un coup de projecteur l’illumine, qu’on lui rende hommage et qu’on le célèbre toute une année ! Vive ce regard libre et singulier des cinéastes qui, explorant le passé, prenant le pouls du présent et réfléchissant à l’avenir, sont aux prises avec la réalité du monde, l’observent, l’analysent, l’éprouvent, le critiquent, et l’interrogent avec compassion et colère, humour et amour, pour mieux le comprendre et pourquoi pas l’améliorer. » 

Julie Bertuccelli, réalisatrice et présidente de La Cinémathèque du Documentaire

 « Un comédien du jury de L’Œil d’or, chargé de décerner le Prix du documentaire au Festival de Cannes lâchait cette perle au sortir d’une projection : « Une mauvaise fiction, on s’emmerde. Un documentaire, même mauvais, il y a toujours quelque chose à en tirer. » J’y ai entendu quelque chose d’un hommage à la force du réel, sans nulle autre pareille. Elle imprègne notre genre phare du cinéma. Le documentaire, c’est la réalité augmentée par le regard d’une autrice, d’un auteur. Un regard assumé, subjectif, singulier. Chacune et chacun peut à son tour y trouver matière à penser : la connaissance, l’émotion, la révolte, la compassion… autant dire l’humanité. Que cette année s’ouvre sous le signe du documentaire est un signe fort qui se décline en enjeux politiques, économiques, culturels. Un vœu pour 2023 et bien au-delà : que cette force nous mobilise et nous nourrisse. » 

Rémi Lainé, réalisateur et président de la Scam

En raison de l’appel à mobilisation nationale contre la réforme des retraites, la rencontre initialement prévue le 31 janvier a été reportée au mercredi 15 février 2023.

Après la signature de notre accord au printemps 2022, nous proposons à nos membres un panorama de la création sur les plateformes Facebook et Instagram.
Une belle opportunité d’échanger avec les équipes de Meta en présentiel ou en distanciel sur Zoom.

Au programme

Partie 1

  • Présentation des plateformes FB et Instagram (chiffres clés et tendances de la création)
  • Focus sur les différents formats vidéos (Reel, Live, Story …)
  • Focus sur les formats des œuvres éligibles à la Scam
  • Comment monétiser son audience sur FB et Instagram et générer des revenus ?
  • Quelle différence entre monétisation et droits d’auteur.
  • Sécurité en ligne : les outils de protection à connaitre pour prévenir le piratage, lutter contre les comportements inappropriés et protéger la propriété intellectuelle

Partie 2

  • Présentation d’un cas pratique. Animée par Anna Sibai (Meta) avec Ghislain Marais (Brut).
  • Questions/réponses avec la salle

 

Avec la participation de
Edouard Braud, directeur Europe des partenariats avec les créateurs de Meta,
Tom Rouyrès, responsable des relations stratégiques avec les Médias, Meta,
Martin Signoux, responsable des affaires publiques de Meta,
Une rencontre animée par Sherine Deraz, chargée des relations vidéastes à la Scam

Conditions de participation :

Être membre de la Scam.

La Scam partenaire de Longueur d’ondes, vous donne rendez-vous à Brest pour de nouvelles expériences sonores ! Au programme des tête-à-tête Brouillon d’un rêve, des rencontres professionnelles et la Nuit de la radio 2022.

En tête-à-tête 30′ avec Brouillon d’un rêve Sonore

Jeudi 2 février 14h-17h30, et vendredi 3 février 9h30-12h30

Vous avez un projet de création documentaire et souhaitez le présenter à la bourse Brouillon d’un rêve, l’aide à l’écriture de la Scam ? Vous avez besoin de conseils et voulez comprendre la philosophie, la ligne éditoriale de Brouillon d’un rêve ?

Fanny Viratelle, chargée de l’aide à la création, vous reçoit individuellement pour vous orienter au sein de ce dispositif.

Inscription obligatoire sur evenementbdr@scam.fr, avant le lundi 30 janvier à 12h.

Rencontre – Auteurices et commanditaires : quel encadrement pour la création des œuvres sonores ?

Vendredi 3 février 15h30-16h45 – Auditorium des Ateliers des Capucins

Introduction par Hervé Rony, directeur général de la Scam avec la présentation du livre blanc « Création sonore – Pour un écosystème pérenne ».

A l’heure où le rôle et le statut des auteurs et autrices se complexifient (indépendant, salarié, auto-entrepreneur, producteur, …), à l’heure où la création sonore doit s’adapter à de nouveaux usages et canaux de diffusion, où les œuvres font de plus en plus l’objet d’adaptations, quelles sont les marges de manœuvre respectives, entre auteurs et éditeurs, sur la protection et l’utilisation des œuvres ?

La table ronde abordera la nature et l’exercice des relations contractuelles entre les auteurs et leurs commanditaires (diffuseurs, studios, plateformes, etc.). Négociations, chartes de bonnes pratiques, usages : comment mieux encadrer les conditions de création d’une œuvre ? ; Y a-t-il une collaboration spécifique quand il s’agit d’une œuvre institutionnelle ?

Une discussion animée par Matilde Meslin (journaliste spécialiste du podcast et responsable éditoriale, Slate Audio), avec :
Lorenzo Benedetti, président, Paradiso,
Nicolas Mazars, directeur des affaires juridiques et institutionnelles, Scam,
Caroline Nogueras, journaliste et autrice de podcast
Jean-Michel Orion, directeur des affaires juridiques et délégué à la protection des données personnelles, Radio France

La Nuit de la radio 2022 : Le Panoptique Spatial

Vendredi 3 février 17h-18h30 – Auditorium des Ateliers des Capucins

La Scam vous convie à la Nuit de la radio, une expérience unique d’écoute collective. Depuis 2001, la Nuit de la radio propose de (re)découvrir des extraits mythiques de l’histoire de la radio, issus des collections de l’INA. Construit cette année sur le thème de l’espace, Le Panoptique Spatial est un programme sonore écrit et réalisé par Amandine Casadamont.

Un événement Scam. En partenariat avec l’INA.

> En savoir plus sur la Nuit de la radio 2022

Hommage à Yann Paranthoën par l’intermédiaire de Fausto Coppi #2

Samedi 4 février 10h15-11h30 – Auditorium des Ateliers des Capucins

Il y a 17 ans, Yann Paranthoën, figure de la création radiophonique, nous quittait. Ses deux filles, Armelle et Gwenola ont confié à Antoine Chao, reporter pour France Inter, son ultime travail, inédit. Après diffusion de la première partie sur France Inter, écoute collective de la deuxième partie, en compagnie de Bastien Lambert.

Grand entretien avec Jean Daive, lauréat 2022 du Prix Scam pour l’ensemble de l’œuvre radiophonique.

Samedi 4 février 14h-15h15 –  La Station des Ateliers des Capucins

Encyclopédiste, reporter, photographe, romancier, poète, homme de radio et directeur de revues, Jean Daive entre à France Culture en 1975. Il participe aux Nuits Magnétiques dès leur création en 1978, ainsi qu’à la plupart des programmes de la chaîne confiés aux producteurs/productrices tournant. Jean Daive se raconte dans un entretien mené par Christian Rosset.

Le Groupe TF1, AnimFrance, le SATEV, le SPECT, le SPI, l’USPA, le SEDPA, la SACD et la SCAM sont heureux d’annoncer la signature d’un nouvel accord de partenariat.

Cet accord, le tout premier conclu par un groupe de télévision couvrant à la fois les décrets TNT et cabsat du 30 décembre 2021 et le décret SMAD du 22 juin 2021, illustre la volonté commune du Groupe TF1 et des acteurs de la filière audiovisuelle de nouer un partenariat ambitieux et durable au bénéfice de la création française et d’accompagner les transformations du secteur et l’évolution des usages.

Cet accord est conclu pour une durée de trois ans, jusqu’au 31/12/2025.

Les organisations professionnelles représentatives des producteurs et des distributeurs audiovisuels, les sociétés d’auteurs et le Groupe TF1 ont ainsi convenu des éléments suivants :
Le Groupe TF1 renouvelle son engagement en faveur de la création d’oeuvres patrimoniales à hauteur de 12,5% de son chiffre d’affaires.
Afin d’accompagner les évolutions des modèles d’exploitation des oeuvres, le périmètre de l’accord intègre désormais les plateformes éditées par le groupe, à savoir l’offre de streaming gratuit et payant de MYTF1, MYTF1 Max et TFOU Max.

De plus, dans le cadre de ses engagements de diversité, le Groupe TF1 :
– prend pour la première fois un engagement d’investissement dans les documentaires de création indépendants, à hauteur de 5,4% de l’obligation ;
– consolide son engagement auprès de la filière animation avec un nouveau sous-quota porté à 5,2% de l’obligation dont 4,8% de l’obligation au titre des oeuvres inédites et dont 3,6% de l’obligation au titre des oeuvres indépendantes et inédites.

Le Groupe TF1 maintient le taux minimum consacré aux oeuvres EOF à 90% de son obligation et la définition encadrée de l’européen pour le solde (Œuvres européennes éligibles aux aides du CNC).

Le Groupe TF1 renouvelle son engagement auprès de la production indépendante, à 70% de son obligation.
Cet accord donne accès au Groupe TF1 à l’ensemble des droits linéaires et non linéaires (AVOD/FVOD et SVOD) sur une durée portée à 48 mois, pour l’ensemble des œuvres indépendantes qu’il finance à un niveau substantiel (soit 60% pour le documentaire de création et le spectacle vivant et 50% pour la fiction et l’animation).

En dessous de ces seuils, le Groupe TF1 bénéficie également d’un accès à des droits non linéaires élargis par rapport au précédent accord, dans la limite d’une durée de 36 mois.

• Dans le cadre de cet accord, le Groupe TF1 s’engage, conformément aux dispositions du décret TNT du 30 décembre 2021, à ne pas accéder aux mandats de commercialisation des œuvres des producteurs délégués disposant d’une filiale de distribution ou d’un accord-cadre avec une société de distribution (hors reconduction des mandats préexistants).

Cet accord ouvre ainsi au Groupe TF1 un accès à des droits linéaires et non linéaires significativement étendus pour tous les genres relevant de l’obligation et, s’agissant des œuvres substantiellement financées, pendant une durée allongée. Cela lui permettra notamment de développer l’exposition non linéaire de ses contenus et de proposer, à moyen terme, une importante profondeur de catalogue de ses offres digitales.

Enfin, cet accord renforce et pérennise la relation partenariale historique entre le Groupe TF1 et le secteur de la création audiovisuelle. Il démontre la capacité des acteurs de la filière à construire un avenir commun avec pour ambition de relever les nouveaux défis du secteur, d’accompagner l’évolution des usages, de soutenir la diversité de la création audiovisuelle, le tout au bénéfice du public, et de trouver pour chacun des partenaires, un meilleur équilibre économique.

A propos du Groupe TF1

Le Groupe TF1 est un acteur majeur dans la production, l’édition et la distribution de contenus.
Sa raison d’être est d’inspirer positivement la société.
Les activités du Groupe TF1 sont réparties en deux pôles :
– Le pôle Média, rassemble ses chaînes en clair (TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films, LCI), ses chaînes thématiques (Ushuaia TV, Histoire TV, TV Breizh, Série Club), ses plateformes de contenus à la demande (MYTF1, TFOU MAX, Salto) et la régie TF1 PUB. Le Groupe est également présent avec Muzeek One dans la production musicale et de spectacles.
– Le pôle Production, avec Newen Studios, crée et distribue des programmes dans tous les genres et pour tous les acteurs du secteur, des chaînes publiques et privées aux plateformes digitales, grâce aux 40 sociétés et labels créatifs qu’il regroupe en France et à l’international.
Présent dans une dizaine de pays, le Groupe TF1 compte 3 380 collaborateurs au 31.12.2021. En 2021, il a réalisé un chiffre d’affaires de 2 427 M€ (Euronext Paris, compartiment A : ISIN FR0000054900).

Contact presse
Scam – Astrid Lockhart – astrid.lockhart@scam.fr

Grande reporter au journal belge Le Soir qui révéla notamment le génocide rwandais, Colette Braeckman revient sur son parcours. Colonne vertébrale de sa vie, l’écriture et le reportage lui ont permis de raconter et d’expliquer le monde.

A vrai dire, je ne m’étais jamais posé cette question soulevée par la Scam, tant la première des réponses était évidente : depuis des décennies, je travaille pour un journal qui accepte de publier mes articles jour après jour, semaine après semaine. A peine sortie de l’adolescence, ayant été engagée comme pigiste dans un quotidien depuis lors disparu, je savais ce qui me restait à faire pour réaliser mes rêves : écrire et encore écrire. Depuis lors, ce travail me rémunère mais il est aussi la colonne vertébrale de ma vie. Toujours j’ai voulu exercer ce métier qui se résumerait en quelques mots : regarder, écouter, raconter ce que j’ai vu et entendu, de la manière la plus claire possible afin de retenir l’attention du lecteur et puis céder la place aux autres acteurs, les historiens, les politiques, les humanitaires…

Regarder, écouter, raconter ce que j’ai vu et entendu, de la manière la plus claire possible afin de retenir l’attention du lecteur et puis céder la place aux autres acteurs

Colette Braeckman

Dans un premier temps, les journalistes sont les soutiers de l’information, les scribes du réel. Ils « descendent » sur le terrain comme des mineurs dans la mine, parfois casqués, parfois munis de lampes torches, parfois en sandales, avec un simple bloc-notes, un appareil photo, un enregistreur, un sac à dos, et, s’il le faut, un casque et un gilet pare-balles. Ce qu’ils remontent au jour, ce sont des « blocs de réalité », souvent sales, parfois tâchés de sang, parfois chatoyants, lumineux d’espoir… En vrac, ils ramènent des témoignages, des images qui ont percé la rétine, des récits captés avec patience et attention. Ils se souviennent de sons, d’odeurs, de cris aussi et ils tentent d’intégrer ce bruit, ces perceptions, ces images du monde dans un récit que le lecteur souhaitera, espèrent-ils, lire jusqu’au bout.

A peine transformée, cette « matière première », des reportages, des articles de fond, sera livrée à d’autres. En quelques heures, elle tombera dans le domaine public et sera considérée comme obsolète, mais il arrivera que des historiens s’en emparent, qu’ils s’en servent pour alimenter leurs thèses, leurs théories, que des juristes les collationnent, que des militants soient poussés à l’action, souvent à l’insu des auteurs de l’article initial qui ne contrôlent guère l’impact de leur témoignage et n’ont guère de prise sur l’usage qui en sera fait…

Ces histoires particulières, mises bout à bout, aideront peut-être à une meilleure compréhension du monde et de ses secousses.  Des politiques se saisiront aussi de cette matière, et s’ils le souhaitent, ils en tireront quelques conclusions, quelquefois un brin d’inspiration pour d‘éventuelles actions (mais reconnaissons que cette probabilité est quasi nulle et n’est évoquée que pour flatter d’éventuels egos…). Des professeurs pourront aussi s’en servir pour illustrer leurs cours.

Mais plus que probablement, les reporters de terrain se seront contentés de déposer quelques pages sur le compost de l’information et lorsque d’autres se chargeront d’en dégager le sens et l’histoire avec un grand H, ils seront sans doute déjà partis ailleurs. L’un de mes plus grands bonheurs fut, au début de ma carrière, d’avoir pu couvrir la révolution au Portugal. Ce fut sans doute le plus beau moment de ma vie, l’un des seuls reportages où le sujet principal, durant quelques jours, fut, tout simplement le bonheur d’un peuple : la foule en liesse offrait des fleurs à de jeunes militaires qui sans tirer un coup de feu avaient renversé la plus vieille dictature d’Europe. D’autres plus tard expliquèrent le contexte de la guerre froide, la trame des luttes pour le pouvoir, les répercussions sur l’empire colonial. En ce qui me concerne, les évènements de Lisbonne m’ont poussée vers l’Afrique, vers l’Angola et le Mozambique, puis l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, la Corne de l’Afrique et enfin vers le Congo-Kinshasa, cet « enfant unique » de la Belgique qui avait si longtemps hanté mes rêves d’écolière et que je n’ai pas encore fini d’arpenter, d’essayer de raconter…

C’est au Rwanda que j’ai touché mes propres limites lorsqu’il me fallait tenter d’écrire sur le génocide qui se déroulait en direct, sous mes yeux. J’étais alors dévorée par la rage, par l’impuissance, je n’avais pour seul ancrage que ces « papiers » qu’il me fallait dicter à la rédaction à une secrétaire qui me demandait de répéter les noms propres. J’avais le sentiment de parler depuis un autre monde, de hurler dans la nuit, alors qu’au bout du fil on semblait se demander si je n’avais pas « pété un plomb » …

J’ai aimé ce métier parce que j’aimais écrire, tout simplement. Et aussi parce que je voulais vivre une vie augmentée du réel des autres, sortir de mon territoire familier et aller vers l’ailleurs. Me sentir comme une éponge, un animal qui aurait voulu cacher mille yeux derrière ses lunettes, dissimuler cent micros derrière ses oreilles tendues, faire de son cerveau une caisse enregistreuse, une sorte de mémoire ambulante se propulsant sur des baskets, dotée d’un corps résistant, d’un estomac bien accroché, lestée d’un sac tout terrain comprenant quelques « indepedimenta » de base parmi lesquels une lampe de poche frontale et l’indispensable téléphone qui cohabite désormais avec le couteau suisse …

J’aimais écrire, j’aimais raconter, j’aimais voyager et j’ai eu la chance de trouver des gens qui acceptaient de publier mes reportages au retour. Alors oui, je pourrais dire que c’est pour eux que j’ai écrit. Pour ceux qui avaient payé le billet d’avion et commandé le reportage, pour ceux qui, à la rédaction allaient réceptionner ma prose.

Des collègues qui seraient obligés de la lire d’abord, de la tailler à la mesure des espaces disponibles, de la « défendre » pour que la hiérarchie accepte de lui faire place dans le corps du journal. Qui allaient aussi me relire avec vigilance, traquant les fautes et les erreurs, posant des questions, tailladant impitoyablement dans les longueurs et les digressions. Dans un premier temps j’écrivais pour eux et, avec humilité et résignation, j’implorais leur indulgence et les remerciais d’être les premiers et impitoyables lecteurs.

J’ai écrit aussi pour ces gens qui avaient accepté de me faire confiance, pour ces lecteurs inconnus qui me croyaient lorsque je leur racontais l’inimaginable, le « trop beau pour être vrai » comme la révolution portugaise, la chute de Mengistu en Ethiopie, le départ de Mobutu vécu en direct au cœur de Kinshasa qui ne savait pas encore s’il fallait rire ou pleurer. Qui partageaient mon émotion devant l’insoutenable, l’horreur de l’au-delà des mots, si souvent croisée entre le Rwanda, le Kivu où la guerre n’a pas cessé et broie toujours les femmes, le Burundi où on meurt encore sur les collines… Mes collègues du Soir étaient quelquefois des sceptiques professionnels, voire des blasés (ou alors ils faisaient semblant…) mais ils acceptaient de ne pas douter lorsque les récits, le recoupement des témoignages, l’observation des lieux menaient à des conclusions apparemment insensées, politiquement embarrassantes, à quelques questions de base comme : « qui a tiré sur l’avion d’Habyarimana ? » ou, quelques années auparavant « je n’ai rien vu à Timisoara », cette ville de Roumanie où le massacre filmé par d’autres s‘était révélé être… un montage…

Puisque dans mon journal, ces gens, des collègues, des chefs, parfois des directeurs, avaient accepté de me faire confiance, que des lecteurs, lorsqu’ils ne décrochaient pas avec des lettres d’insultes et ne résiliaient pas leur abonnement, demeuraient fidèles, il fallait donc que je poursuive. Puisque des lecteurs inconnus acceptaient que je sois leurs yeux, leurs oreilles, il me fallait tenter d’être à la hauteur, de rester au plus près de ce que je pensais être juste et précis.

Pour cela, je devais me battre. Contre moi-même en premier lieu. Oublier mes biais, mes préjugés, mettre sur le côté mon mince bagage intellectuel, reléguer au fin fond mes sentiments personnels, oublier tous les livres que j’avais lus avant le départ, qu’il s’agisse d’ouvrages d’historiens, de romans policiers ou même les articles des autres. Faire table rase de mes souvenirs, de la tentation de comparer, d’invoquer le déjà vu. Renoncer à chercher des repères familiers, des analogies, car rien ne ressemble jamais à rien, aucune situation ne peut être comparée à une autre. Rien, par exemple, n’est plus trompeur, que croire qu’en Afrique, les mêmes problèmes, les mêmes réflexes se retrouvent dans tous les pays.

Tout, partout est différent et avant d’ouvrir les yeux il faut, mentalement, se nettoyer le regard, vider sa mémoire, faire une sorte de « reset » afin de retrouver une certaine fraîcheur d’esprit, une honnêteté que certains confondront quelquefois avec de la naïveté, mais qui vaut toujours mieux que le côté blasé sinon suffisant de ceux qui, assénant qu’ils ont déjà tout vu passent à côté de l’essentiel.

Tout, partout est différent et avant d’ouvrir les yeux il faut, mentalement, se nettoyer le regard, vider sa mémoire

Colette Braeckman

Ayant fait ce vide de la mémoire, il faut accepter d’être moralement nue et vulnérable, s’alléger du passé et de l’avenir et puis plonger dans l’instant. Etre, à fond, dans l’immédiat, dans la perception, se laisser engloutir dans la vie des autres, et puis remonter avec ce goût amer dans la bouche, et d’abord celui de l’impuissance : « je ne peux rien faire, je ne ramènerai pas en Europe cet enfant blessé, je n’adopterai pas cette famille, mon travail est ailleurs ». Ailleurs : arrivée sur le sable sec, je recracherai l’eau de mer, je sortirai mon bloc-notes et mon stylo rouge et, aussi vite que possible, je ramperai vers une connexion Internet, autrefois une simple cabine téléphonique, et j’enverrai mon texte, et j’y ajouterai aujourd’hui des photos, des images vidéo…

Dans de tels moments, je ne me demande pas pour qui j’écris. J’écris parce que je dois le faire, qu’il y a urgence car à l’arrivée on m’attend. Car des pages restent ouvertes pour accueillir ma prose, que l’espace est prévu… J’écris aussi parce que je dois bien cela à ceux et celles qui ont accepté de me parler, de me confier des lambeaux de leur vie pour que je les porte plus loin.

Bien plus tard, peut-être, je retrouverai ces textes publiés. Le papier journal sera froissé, la vague numérique aura déjà emporté ces mots lancés à la volée, et en me relisant, -si j’arrive à retrouver ces textes déjà vieillis-, j’aurai soudain, peut-être, froid dans le dos.

Je réaliserai enfin que ces corps entassés dans les églises du Rwanda étaient bien réels puisque je les avais vus et décrits avec précision, que ces obus qui tombaient sur Kisangani, Goma, Beyrouth et ailleurs avaient vraiment détruit des maisons et des vies ! Sur le moment, je n’écrivais pas pour moi-même, d’ailleurs à l’instant où j’écrivais je n’existais plus qu’à peine, mais parfois, au retour ou longtemps après, mes écrits revenaient à la surface et il m’arrivait de trembler en me relisant. De songer, enfin, à ces vies qui avaient été emportées devant moi alors que je n’étais qu’une spectatrice impuissante et muette.

Je pensais alors, pour dissimuler ma lâcheté de spectatrice, que, peut-être, c’est pour les victimes aussi que j’écrivais. Pour que leur sacrifice soit pris en compte, qu’elles n’aient pas souffert pour rien, que leur mort n’ait pas été totalement anonyme, pour que mon récit leur donne un peu de dignité, rappelle le poids de leurs corps blessés. En tous cas, c’est ce que je me disais longtemps après, car en ces moments de vacillement, je ne pouvais compter que sur moi-même pour me réconforter avant de repartir.

Parfois instantanément, parfois bien longtemps après leur publication, mes écrits provoquaient des vagues. Des gens actifs et généreux entreprenaient des actions humanitaires, des secours s’organisaient, on voyait circuler les pétitions, défiler les manifestants. On criait dans les rues pour défendre les droits des Palestiniens, on manifestait à Bruxelles pour dénoncer l’Opération Turquoise qui allait emmener au Congo des centaines des milliers de réfugiés rwandais et prolonger la guerre, on discutait des sanctions à prendre contre les pilleurs de coltan, de cobalt, d’or, qui vidaient le Congo de ses richesses, armaient les enfants pour en faire des soldats. Sans doute ai-je écrit pour eux aussi, pour les militants de tous horizons, pour leur donner du grain à moudre, des raisons d’agir, de manifester, de se solidariser. Mais je ne me suis jamais sentie responsable de l’usage qui était fait de mes textes, de ces témoignages lancés dans le domaine public, matière première accessible à chacun, utilisable par tous.

Durant des années j’ai écrit aussi pour ceux qui m’injuriaient, qui adressaient au journal des lettres de protestation ou de déni ; j’ai écrit pour ces anciens colons qui croyaient avoir participé à l’ « œuvre civilisatrice » de l’Occident en Afrique, pour ces partisans des dictateurs qui vantaient l’ordre régnant, pour les amis des chefs de guerre et des trafiquants qui mobilisaient des hommes de loi et brandissaient des menaces,  pour ces nuées de révisionnistes qui refusèrent durant des décennies de regarder en face le génocide au Rwanda, ses conséquences et leurs propres responsabilités.

Ce n’est pas vraiment pour eux, à leur intention, que j’ai écrit, mais je savais qu’ils allaient me lire, scruter chaque phrase à la loupe et y trouver les arguments de leur colère. A vrai dire, leur réaction ne m’importait guère : par présomption peut –être, par inconscience en partie, par manque de temps surtout, je poursuivais mon travail de journaliste en veillant seulement à ne pas trop donner prise à des procès coûteux et fatigants.

En définitive, oui, je reconnais que j’ai aussi écrit pour mes adversaires, pour ceux que j’allais déranger, secouer, autant que j’ai écrit pour ceux qui m’aimaient et dont j’attendais, bien plus que les – rares – éloges, le regard critique et les inusables plaisanteries suscitées par des chiffres mal vérifiés, des bilans lus de travers, des distances citées à la volée…

J’ai écrit pour élargir ma vie, gagner un peu de temps sur l’oubli qui recouvre tout

Colette Braeckman

Et enfin, pour terminer, je dirai que j’ai aussi écrit pour moi-même. Pour le plaisir de laisser courir les mots, de voir les images, les sentiments, les souvenirs s’enrouler en volutes, prendre, sur le papier un peu de corps et de permanence. J’ai écrit pour supporter le réel, pour pouvoir vivre avec les images d’horreur, pour me rappeler, des décennies plus tard, le bonheur de Lisbonne au temps de la révolution et aussi cette image de Mitterrand qui s’avançait vers le Panthéon, ou le Congo qui s’éveillait soudain sans Mobutu ou sans Kabila, dans une joie mêlée de questions… J’ai écrit pour élargir ma vie, gagner un peu de temps sur l’oubli qui recouvre tout. Pour laisser une fugace empreinte sur le sable, le temps d’une marée, à la veille d’autres tempêtes…

La Scam affirme la place singulière des auteurs et des autrices dans la société. Astérisque en est le porte-voix.

Série - Pour qui travaille le journaliste ?

Hervé Brusini - Crédit photo Benjamin Géminel / Hans Lucas

#1 "Un peu d’histoire à la rescousse" par Hervé Brusini

Doan Bui - Crédit photo Benjamin Géminel / Hans Lucas

#2 "Écrire pour réparer le silence" par Doan Bui

Denis Robert - Crédit photo: Benjamin Géminel / Hans Lucas

#3 "Longtemps je ne me suis jamais posé la question" par Denis Robert

Anne Chaon à Mazar-i-Sharif, en marge d'un buzkashi, dans le nord de l'Afghanistan en mars 2018
Anne Chaon à Mazar-i-Sharif, en marge d'un buzkashi, dans le nord de l'Afghanistan en mars 2018

#4 "Pour ces autres vies que la sienne" par Anne Chaon

Aude Favre. - Photo Benjamin Géminel / Hans Lucas

#5 "Un bien commun à partager" par Aude Favre